30 novembre 2011 / 11:19 / dans 6 ans

BNP Paribas-Un passage de témoins gâché par la crise

* Bonnafé deviendra jeudi le nouveau DG

* Prot succédera à Pébereau, qui deviendra président d‘honneur

* Une succession sur fond de réduction de bilan et de licenciements

* Graphique comparatif des banques européennes:

* here

par Matthieu Protard

PARIS, 30 novembre (Reuters) - Le passage de témoins attendu jeudi à la tête de BNP Paribas devait être un long fleuve tranquille, mais la crise de la dette européenne est passée par là.

La banque française, dont les analystes soulignent encore qu‘elle était parvenue à limiter la casse après la déflagration financière qui a suivi la faillite de Lehman Brothers en 2008, est aujourd‘hui rattrapée par une crise qui déstabilise la zone euro et a poussé la banque franco-belge Dexia au démantèlement.

Dans ce contexte, les mesures de réduction de bilan et de suppressions de postes de BNP Paribas annoncées depuis septembre dans la banque de financement et d‘investissement et dans la gestion d‘actifs viennent du coup ternir le bilan de l‘ancienne équipe dirigeante emmenée par le tandem Michel Pébereau-Baudouin Prot. (Voir et )

“Le bilan est mitigé”, souligne Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue à propos de l’équipe sortante. “Avec le ‘deleveraging’ (réduction du bilan, NDLR), les banques françaises, et en particulier BNP Paribas, se sont fait prendre comme des bleus cet été dans la crise de liquidité.”

“Les banques françaises se sont reposées sur leurs lauriers après avoir relativement bien traversé la crise de 2008 et de 2009”, note un ancien banquier parisien, sous couvert d‘anonymat, en évoquant la tornade boursière qui s‘est abattue cet été sur les valeurs bancaires françaises, sanctionnant leur exposition à la dette souveraine des pays les plus fragiles de la zone euro.

Sauf coup de théâtre, Baudouin Prot cédera comme prévu sa place de directeur général à Jean-Laurent Bonnafé, l‘homme fort de la banque de détail de BNP Paribas, pour prendre la présidence du groupe de la rue d‘Antin.

Il succédera ainsi à Michel Pébereau qui deviendra le président d‘honneur de la banque après l‘avoir dirigée et présidée pendant dix-huit ans.

ENTÊTEMENT

Dans ses nouvelles fonctions, à propos desquelles Michel Pébereau parle de “responsabilité écrasante”, Jean-Laurent Bonnafé, artisan de l‘intégration de BNL et de Fortis rachetés en 2006 et 2009, aura pour mission de mener à bien les adaptations qu‘impose la crise.

Comme d‘autres grandes banques dans le monde, BNP Paribas est aujourd‘hui contrainte à une cure d‘amaigrissement pour renforcer sa solidité financière.

Sous la pression des marchés, la banque a prévu de réduire de 10% la taille de son bilan d‘ici fin 2012 et de réduire significativement ses besoins de financement en dollar. D‘après les calculs de l‘Autorité bancaire européenne, elle doit aussi trouver 2,1 milliards d‘euros de fonds propres supplémentaires d‘ici la mi-2012.

Très exposée à l‘Italie avec sa filiale locale BNL, elle a commencé à vendre entre juillet et octobre des obligations souveraines italiennes pour ramener son exposition à la dette publique de la troisième économie de la zone euro à quelque 12 milliards d‘euros.

“(Jean-Laurent) Bonnafé aura plus de marge de liberté que Baudouin Prot”, remarque un analyste financier basé à Londres, sous couvert d‘anonymat. “Baudouin Prot s‘est en effet entêté en disant qu‘il n‘y avait pas de crise, qu‘il y avait assez de capital, qu‘il y avait assez de funding. Il s‘est coincé dans son discours.”

“Bonnafé arrive, il n‘est pas tenu par le discours précédent. Il pourra dire que BNP doit changer”, poursuit-il.

Sur fond de crise dans la zone euro et d‘inquiétudes pour la solidité du système bancaire européen, BNP, comme les autres banques françaises, a vu fondre sa capitalisation boursière.

Après avoir chuté de 21% rien qu‘en août, l‘action perd plus de 40% de sa valeur sur l‘année. Elle limite cependant la casse par rapport à ses deux grandes concurrentes françaises, la Société générale et le Crédit agricole, qui abandonnent plus de la moitié de leur valeur. Sur la période, l‘indice bancaire européen recule de 37%.

Selon des données Thomson One, la BNP affiche désormais un ratio “price-to-book”, qui mesure le rapport entre la capitalisation boursière et la valeur comptable des fonds propres, de 0,50.

Si elle fait là aussi mieux que la Société générale (0,27) et le Crédit agricole SA (0,24), BNP Paribas reste néanmoins derrière le géant britannique HSBC (0,87) ou les deux poids lourds de la finance ibérique BBVA (0,75) et Santander (0,64).

“Les banques françaises n‘ont pas vu venir le danger qui s‘est propagé via la qualité des passifs bancaires, c‘est-à-dire les sources de refinancement”, commente Christophe Nijdam, chez Alphavalue.

Voir aussi:

* BNP Paribas - Pébereau tirera sa révérence début décembre

* PORTRAIT-Pébereau, financier incisif et conseiller de l‘ombre

* PORTRAIT Bonnafé, l‘artisan des acquisitions de BNP Paribas

* CHRONOLOGIE-Dix dates-clés de BNP Paribas

* BNP Paribas écarte l‘hypothèse Mariani comme futur DG (Edité par Dominique Rodriguez)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below