LEAD 5-L'UE recapitalise ses banques, bride bonus et dividendes

jeudi 27 octobre 2011 15h56
 

 * Besoins de recapitalisation estimés à E106 mds-ABE
 * Les banques françaises ont besoin de E8,8 mds
 * Les banques françaises excluent toute aide publique
 * L'indice bancaire européen en hausse de 9%

 (Actualisé avec les banques espagnoles §4)	
 par Yann Le Guernigou et Matthieu Protard	
 BRUXELLES/PARIS, 26 octobre (Reuters) - Les autorités
européennes ont accepté jeudi, comme prévu, de recapitaliser le
système bancaire de l'Union européenne à hauteur de 106
milliards d'euros et ont obtenu dans le même temps des banquiers
qu'ils divisent par deux la valeur des titres de dette publique
grecque détenus dans leurs comptes, pour tenter d'enrayer la
crise de la dette en zone euro.	
 Dans le cadre de l'accord trouvé à l'issue d'un double
sommet et après d'âpres tractations, les Européens demandent aux
banques de renforcer leur solvabilité financière pour atteindre
un ratio de fonds propres de 9% d'ici fin juin 2012 après avoir
valorisé leurs obligations souveraines de la zone euro aux prix
de marché et, pour y parvenir, de renoncer à distribuer
dividendes et bonus.	
 Certaines grandes banques européennes, comme la Commerzbank
 en Allemagne ou la Société générale et BPCE
en France, ont immédiatement fait savoir qu'elles ne
solliciteraient pas d'argent public pour se recapitaliser. (Voir
 )	
 Madrid a aussi fait savoir que les banques espagnoles
présentant un déficit de capital n'auraient pas besoin d'aide
publique.	
 "Les banques françaises estiment être en mesure d'atteindre
ces nouvelles exigences européennes par leurs propres moyens,
sans faire appel à des financements publics", souligne la
Fédération bancaire française (FBF) dans un communiqué.	
 Les autorités entendent toutefois s'assurer que les
établissements de crédit ne réduiront pas brutalement leur bilan
pour atteindre ces objectifs, et ce afin de ne pas provoquer un
assèchement du crédit qui pénaliserait toute possibilité de
reprise économique.	
 "Nous serons très attentifs à un point, c'est que la
réduction du bilan pour monter leur niveau de protection de
fonds propres se fera d'abord et avant tout au détriment de la
distribution des dividendes et des bonus", a mis en garde le
ministre de l'Economie, François Baroin. 	
 En Bourse, l'accord européen dope les valeurs bancaires. A
15h45, l'indice bancaire européen avance de 9,22%%. Il abandonne
toutefois encore près de 24% depuis le début de l'année.	
  A Paris, BNP Paribas , Crédit agricole 
et Société générale s'adjugent chacune plus de 17%, se classant
aux trois premières places du palmarès du CAC 40 .	
 En Allemagne, Deutsche Bank et Commerzbank grimpent de
respectivement plus de 14%.	
 	
 DEUX-TIERS DES BESOINS EN GRÈCE, ESPAGNE ET ITALIE	
 "Le déficit de capital est finalement limité au niveau des
70 banques testées, ce qui, en théorie, devrait limiter les
velléités de 'deleveraging' (réduction de bilan, NDLR)",
souligne Alex Koagne, analyste chez Natixis. 	
 "La bonne nouvelle vient de la volonté des autorités de
mettre en place une garantie de refinancement sur les émissions
de dette à long terme, ce qui pourrait se traduire par une
baisse du coût de la liquidité", poursuit-il.	
 Le gouvernement français a laissé entendre que les banques
de l'Hexagone n'auraient pas recours à ces garanties publiques.	
 Les efforts de recapitalisation bancaire se concentrent
principalement en Grèce (30 milliards d'euros), en Espagne (26
milliards) et en Italie (15 milliards).	
 En France, les besoins de recapitalisation sont évalués par
l'Autorité bancaire européenne (ABE) à 8,8 milliards contre 5,2
milliards en Allemagne.	
 Dans l'Hexagone, BNP Paribas et Société générale, dont les
déficits de fonds propres sont chiffrés à respectivement 2,1
milliards et 3,3 milliards d'euros, ont fait savoir qu'elles ne
feraient pas appel au marché pour répondre aux attentes des
autorités européennes. 	
 Comme la SocGen, le groupe BPCE (Banque populaire-Caisse
d'épargne), dont le déficit de capital est évalué à 3,4
milliards d'euros, compte également sur la mise en réserve de
ses bénéfices.	
  Le groupe Crédit agricole est ainsi le seul établissement
bancaire français considéré comme étant déjà assez capitalisé. 	
 Les banques françaises n'ont néanmoins pas précisé si la
décote de 50% sur la dette grecque serait appliquée dans les
comptes du troisième trimestre. Lors du précédent accord sur la
Grèce le 21 juillet, elles avaient appliqué la décote de 21%
dans leurs résultats du deuxième trimestre.	
 Après la bourrasque boursière de cet été, qui a entraîné une
chute brutale de leur valorisation, les principales banques
françaises ont pris le mois dernier des mesures visant à réduire
la taille de leur bilan et arrêter certaines de leurs activités
afin de renforcer leurs fonds propres.	
 La Société générale , perçue par les marchés comme
l'une des banques européennes les plus vulnérables à la crise
financière, espère libérer quatre milliards d'euros de fonds
propres supplémentaires d'ici 2013 via la réduction de son bilan
. 	
 La banque a vu sa capitalisation boursière fondre de moitié
au cours de l'été.	
 	
        	
 Tableau des besoins de recapitalisation estimés par l'ABE
(en millions d'euros) :	
    Pays            Objectif de        dont coussins de 
                    coussins de          sécurité sur 
                sécurité en capital   exposition à dette 
                                           souveraine
                                     
 Autriche                        2.938                    224
 Belgique (*)                    4.143                  5.634
 Chypre                          3.587                  3.085
 Allemagne                       5.184                  7.687
 Danemark                           47                     35
 Espagne                        26.161                  6.290
 Finlande                            0                      3
 France                          8.844                  3.550
 Grande-Bretagne                     0                      0
 Grèce                          30.000                      /
 Hongrie                             0                     43
 Irlande                             0                     25
 Italie                         14.771                  9.491
 Luxembourg                          0                      0
 Malte                               0                      0
 Pays-Bas                            0                     99
 Norvège                         1.312                      0
 Portugal                        7.804                  4.432
 Suède                           1.359                      4
 Slovaquie                         297                     20
 Total                         106.447                 40.622
 (*) Le montant pour la Belgique concerne la seule banque Dexia
 et doit être considéré comme pro forma car le groupe
franco-belge a annoncé récemment une profonde restructuration.
Dexia a ainsi précisé jeudi matin que ses besoins en fonds
propres étaient désormais limités à 1,7 milliard 	
 	
 Voir aussi:	
 * Zone euro-Vers une décote de plus de 50% en Grèce, un FESF
de E1.000 mds 	
 * LE POINT sur l'actualité des banques 	
	
 (Avec Julien Toyer à Bruxelles, édité par Marc Angrand)