24 janvier 2008 / 18:43 / dans 10 ans

SYNTHESE La SocGen fragilisée par la fraude record d'un trader

par Yann Le Guernigou

PARIS, 24 janvier (Reuters) - La Société générale (SOGN.PA) a créé la stupeur jeudi en annonçant une perte record de 4,9 milliards d‘euros provoquée par un jeune trader, au moment où les banques sont déjà dans la tourmente du fait de la crise des marchés du crédit.

La nouvelle a éclipsé l‘annonce, par la banque, de deux milliards de nouvelles dépréciations liées à cette crise, la conjonction des deux événements la contraignant à lever 5,5 milliards d‘euros dans l‘urgence pour rétablir sa solidité financière.

Le gouvernement et la Banque de France sont promptement intervenus pour souligner que le système bancaire hexagonal était sain et que la deuxième banque française par la capitalisation boursière avait agi promptement pour limiter les dégâts provoqués par cette “fraude extrêmement grave”.

La Société générale a indiqué avoir découvert en fin de semaine passée des positions à l‘achat de plusieurs dizaines de milliards d‘euros accumulées par un trader spécialisé dans les arbitrages sur contrats d‘indices boursiers qui, fort d‘une grande connaissance des mécanismes de contrôle, avait fait exploser les limites d‘investissements lui étant imparties.

Traditionnellement, cette activité représente des revenus de l‘ordre de 20 millions d‘euros par an, a précisé la banque.

Le débouclage de ces positions qualifiées de frauduleuses est intervenu en début de semaine sur des marchés boursiers en pleine tempête, avec pour résultat un impact négatif de 4,9 milliards qui fait de cet incident le pire à mettre au compte d‘un trader dans l‘histoire bancaire.

“Nous tenons à déposer aux pieds de tous nos actionnaires, et notamment de tous nos actionnaires salariés, nos excuses pour les événements terribles que nous avons découverts ce week-end”, a déclaré le président Daniel Bouton au cours d‘une conférence de presse.

AUGMENTATION DE CAPITAL OUVERTE A TOUS

Mais il a ajouté que, malgré cette “fraude exceptionnelle”, la Société générale restait bénéficiaire en 2007 - elle table sur un résultat net compris entre 600 et 800 millions d‘euros contre 5,22 milliards en 2006 - et était parvenue en trois jours à “monter quelque chose qui fait que son développement au profit de nos actionnaires, au profit de ses salariés, ne va pas cesser un instant”.

Il faisait allusion à la liquidation des positions du trader et au projet d‘augmentation de capital pour lequel la Société générale a décidé de faire confiance à ses actionnaires même si elle s‘est attaché les services des banques américaines JP Morgan et Morgan Stanley, qui en garantiront l‘exécution.

“Tous les actionnaires vont recevoir un droit de souscrire (...) Nous n‘avons pas été chercher une augmentation de capital dissimulée, une augmentation de capital réservée à tel ou tel fonds, à telle ou telle catégorie d‘actionnaires”, a dit Daniel Bouton, faisant allusion aux levées de capitaux annoncées récemment par plusieurs grandes banques internationales auprès de fonds souverains asiatiques ou proche-orientaux.

Parmi les grands actionnaires, du groupe, l‘assureur Groupama, qui en détient 3,5%, a exprimé son soutien à l‘opération. L‘action Société générale (-4,14%) a été la seule à finir dans le rouge jeudi à la Bourse de Paris, qui a connu un vif rebond (+6,01%), son recul depuis le début de l‘année approchant 25%.

Outre l‘impact dilutif de l‘augmentation de capital à venir, les intervenants s‘inquiètent des perspectives d‘une banque leader mondial d‘une activité très lucrative, les dérivés actions, qui nécessitent un système de contrôle des risques sophistiqué et coûteux.

NOTATIONS ABAISSEES

“On a l‘impression que les marchés financiers sont devenus un grand casino sans contrôle. Cela semble incroyable que la Société générale ait perdu cinq milliards d‘euros du fait d‘un seul trader”, a déclaré Alain Crouzat, président de la société de gestion Montségur Finance. Fitch Ratings a abaissé de “AA” à “AA-” la note à long terme de la banque, estimant que l‘ampleur de la fraude “soulève des questions sur l‘efficacité des systèmes de la banque et créer un risque de réputation pour le groupe”.

Moody’s a fait de même, passant de “Aa1” à “Aa2” en invoquant des “dysfonctionnements sérieux dans la chaîne de contrôles opérationnels” de la banque, et S&P a placé sa note à long terme “AA” sous surveillance avec implication négative.

L‘affaiblissement de la Société générale a relancé les spéculations sur un rapprochement avec BNP Paribas (BNPP.PA), qui pourrait être encouragé par les autorités françaises pour éviter qu‘elle ne tombe dans les mains d‘un prédateur étranger.

De fait, alors qu‘elle valait près de 80% de BNP Paribas au printemps dernier, son poids en Bourse est tombé jeudi à 57,5% de celui de sa grande rivale.

Interrogé par des analystes, Daniel Bouton a souligné qu‘il s‘en tenait à sa position habituelle sur les fusions bancaires, à savoir que la Société générale a les moyens de se développer seule de manière rentable, et qu‘il entendait maintenant se consacrer au redressement de sa banque plutôt que de considérer un projet particulier.

Il a souligné sur ce point que, hors la banque de financement et d‘investissement, qui finira l‘année 2007 sur une perte de 2,3 milliards d‘euros, la quasi-totalité des autres poles d‘activité du groupe affichaient de bonnes performances pour 2007, notamment ses relais de croissance que sont la banque de détail à l’étranger, la banque privée ou les services financiers spécialisés, dont les contributions ont augmenté respectivement de 40%, 35% et 14%. /YLG

Avec la contribution de l'ensemble du bureau de Paris

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