11 décembre 2009 / 11:08 / dans 8 ans

France/BTP - Les grands chantiers arrivent, trop tard pour 2010

* Rendez-vous les 14 et 15 décembre pour deux projets de LGV

* Ces chantiers emblématiques du plan de relance tardent à voir le jour

* Les grands projets ne suffisent pas à assurer l‘activité

par Gilles Guillaume

PARIS, 11 décembre (Reuters) - Les géants français du BTP seront tous sur les rangs la semaine prochaine pour deux appels d‘offres de grands chantiers du plan de relance, dont les travaux risquent cependant d‘arriver trop tard pour sauver une année 2010 qui s‘annonce difficile pour la filière.

Vinci (SGEF.PA), Bouygues (BOUY.PA) et Eiffage (FOUG.PA) remettront mardi leurs dernières offres pour la ligne ferroviaire à grande vitesse Sud Europe Atlantique (SEA), un tronçon de 340 kilomètres qui devrait permettre de gagner une heure entre Tours et Bordeaux.

Le lendemain, les mêmes déposeront leurs premières offres pour la LGV Bretagne Pays de Loire, qui devrait réduire de 37 minutes la durée d‘un trajet Paris-Rennes.

Les deux projets, qui pèsent en tout dix milliards d‘euros - sept milliards et trois milliards respectivement - figuraient dans le discours de Douai prononcé le 4 décembre 2008 par Nicolas Sarkozy, au coeur de la crise financière. Avec deux autres chantiers de LGV, ils sont les fers de lance du volet infrastructures du plan de relance, auquel l’État consacrera presque la moitié de l‘enveloppe totale annoncée il y a un an.

“De tels chantiers sont une véritable locomotive qui permet de tirer tout le reste et qui amènera beaucoup de retour sur l‘emploi”, commente Patrick Bernasconi, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

“Mais compte tenu du temps de maturation de ce genre d‘affaire, il ne sera guère possible d‘avoir un début de commencement de travaux en 2010”, précise-t-il. “Ce sont plutôt des projets pour 2011, voire 2012.”

Le candidat pour la LGV SEA devrait être choisi en mars prochain, pour des travaux en 2011. Les travaux de la LGV Bretagne Pays de Loire devraient aussi commencer en 2011, les offres finales n’étant pas attendues avant le 31 décembre de l‘année prochaine. Le processus d‘attribution du contrat de la LGV contournant Nîmes et Montpellier, évalué à 1,6 milliard d‘euros, n‘aboutira pas avant 2011 non plus.

Seul grand projet ferroviaire susceptible de voir le jour l‘an prochain, et pour lequel les trois acteurs français du secteur sont également sur les rangs, les lots de la deuxième phase de la LGV Est (deux milliards d‘euros) devraient être attribués au premier semestre 2010.

Viendront s‘ajouter trois grands projets autoroutiers ainsi que la construction du canal Seine Nord, une voie grand gabarit de 4,2 milliards d‘euros pour relier le bassin parisien au réseau fluvial nord-européen, programmée à partir de la mi-2011.

LES INCONNUES FINANCIERES DEMEURENT

Passée la déception du futur grand emprunt, dont la commission coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard a exclu les infrastructures traditionnelles, ces chantiers sont importants pour accroître la visibilité du secteur à plus long terme.

Si le trio français du BTP affiche toujours des carnets de commandes qui lui donnent une visibilité d‘environ un an en terme d‘activité, les perspectives au-delà restent plus floues.

“Nul doute que 2010 sera une année de creux pour les travaux publics, et que 2011 sera plus faste”, résume Charles-Edouard Boissy, analyste du secteur chez Oddo Securities. “Les grands travaux sont susceptibles d‘assurer une certaine relève, le problème, c‘est que dans ce type de dossier, il y a plus de chances qu‘on soit en retard qu‘en avance.”

Malgré la volonté politique affichée, les procédures restent longues et complexes, et les difficultés de financement nombreuses comme l‘a encore montré le rôle de la garantie de l’État dans le bouclage du financier du tram-train de la Réunion. (Plus de détails [ID:nGEE5B12C7])

Selon une source du secteur, certaines banques rechignent aujourd‘hui à prendre des risques allant au-delà de quinze ans, et donc à prêter plus loin que cet horizon, alors que la durée de vie d‘une concession est habituellement de l‘ordre de 20 à 30 ans.

Par ailleurs, si les partenariats public-privé (PPP) permettent maintenant à une collectivité locale de conclure un contrat sans devoir avancer tout l‘argent et de lisser la dépense dans le temps - en versant par exemple un loyer au constructeur et concessionnaire -, la prudence reste de mise.

Si le Premier ministre François Fillon a proposé la reconduction du versement anticipé du Fonds de compensation de la TVA (FCTVA) en 2010, les autorités locales s‘interrogent sur le devenir des recettes qu‘elles tiraient de la taxe professionnelle, dont la disparition est programmée.

La mesure sur le FCTVA, dont le coût a été évalué à 3,7 milliards d‘euros en 2009 par le ministre de la Relance Patrick Devedjian, consiste à compenser avec deux ans d‘avance une partie de la TVA acquittée par les collectivités qui s‘engageront à investir au moins autant que la moyenne des trois années précédentes.

Le président de la FNTP Patrick Bernasconi précise à ce titre que les grands projets de l’État ne représentent que 5% environ du chiffre d‘affaires des 8.000 entreprises qu‘il représente, contre 50% pour les projets de taille plus moyenne émanant des collectivités locales.

“Il faut un vrai relais à ce niveau. Si demain les collectivités locales ne confirment pas les intentions qu‘elles ont commencé à manifester sur la fin de ce semestre, on pourrait alors avoir un vrai trou d‘air”, prévient-il.

Avec Leila Abboud, édité par Dominique Rodriguez

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