CFAO-De l'arachide à l'auto, une page de l'histoire de l'Afrique

lundi 23 novembre 2009 11h59
 

* Une entreprise plus que centenaire

* Du négoce d'arachide à l'automobile et à la pharmacie, histoire d'une diversification réussie

par Gilles Guillaume

PARIS, 23 novembre (Reuters) - CFAO, dont l'introduction en Bourse est programmée la semaine prochaine, est une société plus que centenaire, de loin la plus rentable des filiales de PPR (PRTP.PA: Cotation), grâce notamment à un business model et à un terrain d'activité inédits dans le monde des entreprises.

Créée en 1887 à Marseille par Frédéric Bohn, l'ancienne Compagnie française de l'Afrique occidentale trouve son origine dans les établissements Verminck qui faisaient le commerce d'arachide, de caoutchouc, de savon, d'huile et de cuir. Egalement très présente aujourd'hui dans les DOM-TOM, elle a traversé avec succès plusieurs pages de l'histoire contemporaine de l'Afrique et réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 2,86 milliards d'euros pour une marge opérationnelle courante de 9,7%.

"D'un point de vue stratégique, le fait qu'une entreprise soit centrée sur un continent lui donne beaucoup d'atouts", explique à Reuters Alain Viry, président du conseil de surveillance et P-DG du groupe de 1997 jusqu'au mois dernier.

"Cela permet de développer à l'intérieur de l'entreprise une culture et un savoir-faire fort pour opérer sur ce continent où les conditions d'opération sont évidemment un petit peu particulières", ajoute-t-il.

La première agence africaine de la CFAO fut ouverte au Sénégal, en plein essor économique des comptoirs coloniaux hérités de l'Empire. Frédéric Bohn a été vice-président de la section ouest-africaine de l'Union coloniale, alors présidée par Emile Maurel, une autre figure du développement commercial des anciennes colonies. Le Bordelais dirigeait de son côté la société Maurel & Prom, qui n'était pas encore l'entreprise pétrolière que l'on connaît aujourd'hui (MAUP.PA: Cotation), mais également une compagnie de négoce centrée sur l'Afrique de l'Ouest.

"Les sociétés dont l'origine remonte aux années 1850 ne sont pas rares, celles dont le coeur de métier est resté le même le sont davantage", résume Hubert Bonin, universitaire et auteur d'un ouvrage sur CFAO intitulé "La réinvention permanente du commerce outre-mer".

"En histoire d'entreprise, c'est la loi du dernier survivant, celui qui finit par absorber ses concurrents en profitant de leurs erreurs, le plus souvent sur un marché à risque", ajoute-t-il.

UNE LONGUE CULTURE D'ENTREPRISE COTEE

L'histoire de CFAO épouse aussi les grandes mutations économiques. L'activité d'importation et de distribution automobile, qui représente maintenant la majeure partie du chiffre d'affaires (62% en 2008), a débuté en 1913 mais s'est surtout développée à partir des années 1950.

CFAO rejoint la galaxie PPR en 1990. C'est à cette même époque qu'il se lance dans l'importation et la distribution de produits pharmaceutiques, une nouvelle activité qui représente aujourd'hui 24% de son chiffre d'affaires.

"La loi du dernier survivant, c'est aussi d'avoir des règles de bonne gestion qui permettent de tenir face aux récessions, de résister aux élans spéculatifs, CFAO y est parvenu", poursuit Hubert Bonin.

"Les comptoirs initiaux ont su évoluer de la vente de matières premières à la vente de marchandises, et aussi de la vente aux services", poursuit-il. "CFAO s'occupe aussi d'entretien de véhicules et de gestion de parc, ce qui signifie des contrats de services qui procurent des marges et qui créent un lien récurrent de fidélisation avec le client."

Les années 1960 sont, elles, marquées par la décolonisation, un virage délicat que le groupe va négocier avec succès grâce notamment à une africanisation précoce de son personnel.

"C'était une période extrêmement secouée puisqu'on était aussi en plein dans la guerre froide", rappelle Alain Viry. "L'Afrique était un champ de bataille idéologique et politique. On a eu une situation très curieuse avec des pays passés complètement dans le bloc communiste et d'autres restés dans le camp occidental."

Pour expliquer la pérennité et la rentabilité régulière de CFAO, il souligne aussi que si l'entreprise a quitté la Bourse sous l'ère PPR, elle conserve une culture très ancienne d'entreprise cotée - pas moins d'un siècle.

La réintroduction de CFAO sur le marché pourrait permettre à PPR de lever jusqu'à un milliard d'euros. Le prix définitif de l'IPO devrait être fixé le 2 décembre et les transactions sur Euronext débuter le 3 décembre. (Plus de détails sur [ID:nLH591522] et [ID:nLH591522])

(Edité par Dominique Rodriguez)

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