France-La croissance pourrait retomber à zéro au T4-Insee

jeudi 6 octobre 2011 22h00
 

 * Croissance prévue à 0,3% au T3, zéro au T4
 * Rebond timide de la consommation, faiblesse de l'investissement
 * Les tensions sur le crédit surveillées de près
 par Marc Angrand	
 PARIS, 6 octobre (Reuters) - La dégradation de la conjoncture mondiale, la
crise de la dette et les tensions sur les marchés pourraient ramener la
croissance française au point zéro en fin d'année après un timide rebond au
troisième trimestre, prévient jeudi l'Insee en soulignant les risques liés au
marché du crédit. 	
 Après la stagnation du produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre,
l'Institut national de la statistique ne prévoit qu'un rebond limité, de 0,3%, 
pour juillet-septembre et une rechute à une croissance nulle pour les trois
derniers mois de l'année. Il y a trois mois, il tablait encore pour une hausse
de 0,5% pour chacun des deux derniers trimestres.	
 Sur l'ensemble de l'année, la croissance française serait ainsi de 1,7%,
soit 0,4 point de moins qu'attendu en juin.	
 Cette révision à la baisse n'est pas à proprement parler surprenante,
puisqu'elle succède à celles annoncées par l'OCDE, le FMI et le gouvernement
lui-même. Mais elle traduit bien l'impact durable des turbulences financières et
économiques des derniers mois. 	
 Et elle augure mal de 2012: si les nouvelles prévisions sont justes,
l'acquis de croissance pour l'an prochain ne sera fin décembre que de 0,2%, six
fois moins qu'à la fin 2010. Une base de départ pour le moins fragile.	
     	
 "LE SCÉNARIO A CHANGÉ"	
 "Le scénario a changé", résume Sandrine Duchêne, chef du département de la
Conjoncture de l'Insee. Et la nouvelle version est nettement plus noire que la
précédente. Car si le redémarrage de l'économie japonaise a soutenu le commerce
mondial au troisième trimestre, le climat des affaires s'est nettement dégradé
depuis le printemps, coupant l'élan dont bénéficiaient les économies avancées. 	
 L'Insee n'attend donc qu'une croissance faible aux Etats-Unis (+0,4% au
troisième trimestre et +0,3% au quatrième) et des performances presque nulles
pour la zone euro (+0,1% et zéro). Si l'Allemagne parvient à se distinguer, avec
une croissance 2011 attendue à 2,9%, l'Espagne et l'Italie pourraient retomber
en récession en fin d'année.	
 En France, l'investissement et l'emploi, deux moteurs importants de la
reprise en 2010 et début 2011, risquent donc de souffrir faute de demande
extérieure. 	
 L'Insee anticipe ainsi une rechute de 0,7% de la production manufacturière
sur les trois derniers mois de l'année après une stabilité sur
juillet-septembre, ainsi que 24.000 créations de postes dans les secteurs
marchands au second semestre, soit près de cinq fois moins qu'au premier
semestre (112.000).	
 Ce déficit d'emplois ferait remonter le chômage à 9,2% de la population
active en métropole en fin d'année, effaçant les gains des deuxième et troisième
trimestres.	
 	
 TENSIONS SUR LE CRÉDIT	
 La consommation des ménages, elle, après son coup de froid d'avril-juin
(-0,7%), devrait donc être le seul soutien à la croissance, sans pour autant
faire des étincelles faute de gains de pouvoir d'achat conséquents.	
 L'Insee estime ainsi que les "primes dividendes" versées aux salariés d'ici
la fin de l'année ne devraient pas dépasser un montant total de 600 millions
d'euros. Quant à la revalorisation du smic, retardée par la décélération des
prix ces derniers mois, elle interviendrait trop tard pour avoir un impact
sensible.	
 Mais Sandrine Duchêne insiste surtout sur les risques liés aux tensions sur
les marchés interbancaires. "Au regard de ces niveaux de tension, on est sur un
niveau pré-Lehman Brothers: ça n'allait pas très bien mais ça n'était pas tout à
fait grippé", estime-t-elle.	
 Pour tenter d'apaiser ces tensions, la Banque centrale européenne (BCE) a
annoncé jeudi qu'elle fournirait des liquidités à long terme aux banques pour
éviter un nouvel assèchement du crédit (credit crunch). (voir )
Son président, Jean-Claude Trichet, a évoqué l'incertitude "particulièrement
élevée" entourant les perspectives économiques.	
 Pour Sandrine Duchêne, les tensions des dernières semaines sur le crédit
sont pour l'instant difficiles à interpréter car elles peuvent traduire aussi
bien un blocage soudain des canaux de financement des entreprises qu'un
comportement attentiste de celles-ci se traduisant par un report des projets
d'investissement.	
 "Le résultat est là: les perspectives de croissance se sont tassées",
conclut-elle.	
 	
 Principales prévisions de l'Insee (variations T/T-1 en %, données CVS-CJO)	
                   -------2011-------	
                            T1     T2   T3(p)  T4(p)      2010  2011(p)
                                                                
 PIB                           0,9    0,0    0,3    0,0       1,4      1,7
 Importations                  3,2   -0,9    0,7    0,6       8,3      5,6
 Conso. des ménages            0,4   -0,7    0,5    0,3       1,3      0,8
 Conso des administrations     0,4    0,1    0,2    0,1       1,2      0,9
 Investissement des ENF*       1,9    0,3    0,3    0,1       2,0      4,3
 Investissement des ménages   -0,1    1,3    1,2    0,0      -1,4      3,0
 Contributions (en point):                                                
 - Demande intérieure          0,5   -0,3    0,4    0,2       0,8      1,3
 - Variations de stocks        0,8    0,0    0,0   -0,1       0,5      0,9
 - Commerce extérieur         -0,5    0,3   -0,1   -0,1       0,1     -0,5
* entreprises non-financières	
	
 (édité par Gilles Trequesser)