October 17, 2016 / 3:07 PM / 9 months ago

La croissance en Europe sous la menace du risque politique-Coface

5 MINUTES DE LECTURE

* Série de scrutins incertains à venir en Europe

* Un choc de type "Brexit" pas exclu

* L'incertitude politique pourrait peser sur la croissance

PARIS, 17 octobre (Reuters) - Un choc politique majeur de l'ampleur de celui observé avec le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne amputerait la croissance de 0,5 point en moyenne en Europe, selon une étude présentée lundi par Coface.

Au vu des échéances politiques à venir dans plusieurs pays européens, le scénario d'une montée des incertitudes susceptible d'affecter une reprise fragile en plombant la demande intérieure (consommation et investissement) n'est pas à exclure.

"Dans les douze prochains mois, on va avoir un agenda politique extrêmement chargé dans les principaux pays de la zone euro", a rappelé Julien Marcilly, économiste en chef de Coface, lors de la présentation de cette étude à la presse.

L'année 2017 sera notamment marquée par les élections présidentielle et législatives en France et des élections législatives en Allemagne. Mais les prochains mois seront ponctués par d'autres scrutins à l'issue tout aussi incertaine, qu'il s'agisse du référendum constitutionnel en Italie et de l'élection présidentielle en Autriche, en décembre, des législatives aux Pays-Bas en mars, sans compter l'éventuelle tenue de nouvelles élections législatives en Espagne si un accord de gouvernement n'était pas conclu avant la fin du mois.

D'après les simulations des économistes de l'assureur-crédit, "en France, si l'incertitude politique augmentait autant qu'au Royaume-Uni avec le 'Brexit', la croissance l'année prochaine serait amputée de 0,7 point", a indiqué Julien Marcilly.

"La dernière Vague De La Crise De Lehman"

Un tel choc pourrait donc réduire la croissance du produit intérieur brut (PIB) de la France de moitié, Coface tablant, comme la plupart des grandes organisations internationales, sur une croissance de 1,3% en 2017.

"Dans un contexte de multiplication des candidats en vue de la présidentielle, les sources d'incertitude possibles sont nombreuses : qui sera face à Marine Le Pen au second tour ? En cas de forte abstention au second tour, celle-ci peut-elle remporter la victoire ?", souligne la Coface en rappelant que la présidente du Front national est quasi certaine de participer au second tour.

Un tel degré d'incertitude pourrait également être observé si le vainqueur de l'élection présidentielle, quel qu'il soit, ne parvient pas à réunir une majorité à l'Assemblée nationale à l'issue des législatives, a déclaré Julien Marcilly en précisant que cette étude mesurait "uniquement le choc immédiat lié à la montée des incertitudes, indépendamment des programmes économiques des candidats".

En appliquant leur modèle, les économistes de la Coface ont calculé qu'en un an, un accroissement des incertitudes politiques comparable à celui qui a été observé au Royaume-Uni ferait perdre environ 1,2 point de croissance à l'Espagne, amputerait la croissance de l'Allemagne de 0,4 à 0,5 point à l'Allemagne mais ne ferait fléchir la croissance italienne que de 0,2 point.

Mais le scrutin qui pourrait exercer le choc le plus important sur les économies européennes est celui de la présidentielle américaine, d'après les calculs de la Coface.

La hausse de l'incertitude politique dans le cas d'une victoire de Donald Trump face à Hillary Clinton le 8 novembre prochain se traduirait par une réduction de deux points de la croissance européenne après un an (un point pour la France), soit un choc plus fort que celui enregistré par l'économie américaine (-1,5 point).

Pour Julien Marcilly, l'augmentation du risque politique représente "la dernière vague de la crise de Lehman", en référence à la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008, à l'origine de la crise financière et économique qui a touché l'ensemble de la planète.

Après plusieurs années marquées par une situation économique difficile sur fond de rigueur budgétaire et un chômage élevé auxquels s'ajoutent la crise des migrants et la montée de l'euroscepticisme, "le résultat aujourd'hui c'est que les frustrations sociales augmentent (...) et donc ça se matérialise par du risque politique (...) qui a une influence directe sur l'environnement économique", a-t-il résumé.

L'étude de la Coface:

bit.ly/2eaS0vm

Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse

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