1 octobre 2016 / 17:36 / dans un an

LEAD 2-Crise de la Deutsche Bank: la BaFin veut éviter une "spirale négative"

(Actualisé avec déplacement à venir, non confirmé, de la direction de la Deutsche Bank aux Etats-Unis, § 8-9)

par Georgina Prodhan

FRANCFORT, 1er octobre (Reuters) - Au terme d‘une semaine marquée par la crise de confiance autour des difficultés de la Deutsche Bank, le président de la BaFin, l‘autorité allemande de tutelle du secteur financier, a mis en garde samedi contre le risque de se laisser entraîner dans une “spirale négative”.

Dans une interview accordée à la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, à paraître dimanche, Felix Hufeld refuse d‘aborder spécifiquement le cas de la première banque du pays mais “met en garde contre le risque de se laisser aller à la dérive dans une sorte de spirale de la perception négative”.

“Les réactions d‘un marché nerveux ne sont pas toujours toutes fondées sur des faits objectifs”, ajoute-t-il.

Perçue comme un établissement fragile depuis plusieurs mois, la Deutsche Bank, qui emploie quelque 100.000 salariés et revendique plus de 20 millions de clients, a été un peu plus affaiblie mi-septembre avec la décision du département américain de la Justice de réclamer à son encontre une amende de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d‘euros) pour la vente de titres financiers adossés à des prêts immobiliers avant la crise des “subprimes”.

Le gouvernement allemand a démenti mercredi préparer le moindre plan de sauvetage pour la première banque du pays, dont les problèmes réveillent chez les investisseurs le souvenir de la crise financière déclenchée par la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 aux Etats-Unis.

Malmenée en Bourse, l‘action Deutsche Bank a légèrement rebondi vendredi à la suite d‘informations de l‘AFP selon lesquelles la banque serait proche d‘un compromis avec les autorités américaines qui réduirait son amende à environ 5,4 milliards de dollars.

Mais ni la banque allemande ni le département américain de la Justice, pas plus que le ministère allemand des Finances, n‘ont fait le moindre commentaire.

Samedi soir, la Frankfurter Allegemeine Zeitung, qui ne cite pas ses sources, indique que l‘état-major de la Deutsche Bank s‘envolera dans les prochains jours pour les Etats-Unis afin de négocier un accord avec l‘administration américaine.

Contactée pour connaître l‘agenda de John Cryan, son président du directoire, la banque n‘a pas répondu dans l‘immédiat.

RISQUE POLITIQUE

“Il est certainement vrai qu‘il existe pour chaque grande banque des plans de redressement et de liquidation”, ajoute, sans entrer dans le détail, le président de la BaFin dans les colonnes du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.

Observant qu‘il ne sera pas possible d‘éviter des “coupes douloureuses”, Felix Hufeld met également en cause le “poison lent des taux d‘intérêt bas” qui dégrade les bilans des établissements bancaires.

Dans ce contexte, il dit s‘attendre à plusieurs fusions dans le secteur bancaire allemand, principalement parmi les banques coopératives et d‘épargne plus petites. Ne nommant ni la Deutsche Bank ni la Commerzbank, le deuxième établissement bancaire d‘Allemagne, il dit en revanche ne pas croire à une “fusion miracle” qui réglerait tous les problèmes des banques allemandes du jour au lendemain.

La crise bancaire occupe samedi une large place dans la presse allemande, qui juge qu‘Angela Merkel ne peut pas se permettre de renflouer la Deutsche Bank après s‘être opposée aux aides publiques dans d‘autres pays européens et en raison du risque politique que lui ferait courir une telle initiative.

“Bien sûr, la chancelière Merkel ne veut pas donner d‘aide publique à Deutsche Bank”, écrit l‘éditorialiste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. “Elle ne peut pas se le permettre sur le plan de la politique étrangère parce que Berlin a adopté une ligne dure concernant le sauvetage des banques italiennes.”

La Süddeutsche Zeitung, basée à Munich, estime pour sa part que dans le cas contraire, elle trahirait la promesse qu‘elle a faite aux contribuables allemands de ne pas renflouer une banque. Au risque d‘en payer au prix fort lors des élections législatives de septembre 2017, alors que son parti, la CDU, est déjà fragilisé par la montée en puissance du mouvement anti-immigration AfD.

“Un plan de sauvetage public jetterait les électeurs dans les bras de l‘AfD”, estime le journal. “Les enjeux politiques intérieurs rendent très improbable le recours de Berlin à ce joker. Il est encore plus improbable que la Commission européenne l‘accepte. Le risque politique est trop élevé”, conclut-il. (Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français)

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