24 juin 2016 / 10:27 / dans un an

RPT-Auto-Les constructeurs asiatiques prudents sur la GB après le Brexit

PEKIN, 24 juin (Reuters) - Les dirigeants de constructeurs automobiles asiatiques ayant des implantations en Grande-Bretagne, principalement destinées à approvisionner le marché européen, ont dit vendredi qu‘ils pourraient ralentir voire geler leurs investissements dans le pays après le vote des Britanniques pour une sortie de l‘Union européenne.

Toyota et Nissan avaient dit, avant même le vote, qu‘un maintien au sein de l‘UE aurait été préférable pour leurs activités et que le Brexit constituerait un nouveau défi pour une industrie qui emploie 800.000 salariés en Grande-Bretagne.

A Sunderland, dans le nord de l‘Angleterre, fief de Nissan, l‘ampleur du vote en faveur de la sortie n‘en a pas moins surpris les observateurs les plus aguerris.

“Nous n‘avons pas d‘autres choix que d‘être plus prudents dans nos investissements, y compris pour des décisions telles que produire un modèle nouveau ou significativement modifié en Grande-Bretagne”, a dit un responsable qui a requis l‘anonymat, d‘un grand constructeur asiatique présent en Grande-Bretagne.

Jaguar Land Rover (JLR), filiale de l‘indien Tata Motors et premier constructeur automobile britannique, tout comme Nissan, qui produit 475.000 voitures en Grande-Bretagne où il est implanté depuis 30 ans, ont fait du pays leur tête de pont en Europe et y exportent l‘essentiel de leur production.

Les constructeurs s‘inquiètent d‘une “période de négociation significative” entre Londres et l‘Union européenne notamment sur les nouvelles règles en matière commerciale.

“La grande question pour les constructeurs... est de savoir quels seront les accords commerciaux qui seront négociés avec l‘UE. C‘est la grande inconnue”, a dit un dirigeant d‘un autre grand constructeur.

Les exportations de la Grande-Bretagne vers l‘UE s‘effectuent en franchise de droits et de taxes.

“PAS DE DECISIONS PRECIPITEES”

JLR, qui avait estimé que son bénéfice annuel pourrait être amputé d‘un milliard de livres sterling d‘ici 2020 en cas de Brexit, a dit vendredi qu‘il resterait présent en Europe.

Toyota a déclaré que les droits de douanes pourraient atteindre jusqu‘à 10% dans le cadre de nouvelles règles commerciales et devraient être répercutés sur les marges ou sur les prix de vente au risque de freiner les ventes.

Toyota a produit environ 190.000 voitures en Angleterre l‘année dernière, dont 75% à destination des autres pays de l‘Union européenne, 10% seulement étant destinées au marché britannique.

L‘association des constructeurs sud-coréens s‘est aussi alarmée qu‘une sortie de l‘UE n‘entraîne le rétablissement d‘une taxe de 10% sur les exportations à destination de la Grande-Bretagne, à moins qu‘un accord séparé ne soit négocié.

“Cela grèverait inévitablement la compétitivité prix des constructeurs sud-coréens en Grande-Bretagne, par rapport à leurs concurrents japonais et allemands qui ont des capacités de production dans le pays”, a dit Kim Tae-nyen, vice-président l‘Association des constructeurs automobiles coréens (KAMA).

Pour les constructeurs indiens, la question se pose dans des termes très différents. Leur association professionnelle a dit s‘attendre à ce que l‘Inde obtienne un meilleur accord commercial avec la Grande-Bretagne que celui que New Delhi a négocié avec l‘UE après plusieurs tentatives infructueuses en vue de parvenir à un traité de libre-échange.

D‘autres constructeurs ont évoqué la possibilité de déplacer leurs capacités de production de la Grande-Bretagne vers l‘Europe continentale.

Toyota a dit dans un communiqué qu‘il allait analyser les conséquences du vote sur ses opérations en Grande-Bretagne. Nissan s‘est refusé à tout commentaire mais son patron Carlos Ghosn avait déclaré la semaine dernière que la question de la position du constructeur en Grande-Bretagne se poserait en cas de Brexit.

“Personne ne va prendre de décision précipitée et faire quoi que ce soit dans l‘immédiat mais plutôt que de moderniser une usine en Grande-Bretagne pour produire un nouveau modèle, ils moderniseront une usine ailleurs”, a dit Chris Richter, analyste chez CLSA. “En bout de route, cela pourrait se traduire par des pertes d‘emplois.”

Outre Toyota, Tata et Nissan, BMW, GM et Honda sont aussi implantés en Grande-Bretagne. Honda y produit 140.000 véhicules par an, dont la moitié sont exportés vers l‘Union européenne.

Naomi Tajitsu à tokyo, Aditi Shah à New Delhi et Hyunjoo Jin à Séoul, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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