RPT LEAD 1-France-L'inversion de la courbe du chômage envisagée par l'Insee

jeudi 16 juin 2016 17h30
 

(Corrige inversion de chiffre à la dernière ligne du tableau)
    * Le taux de chômage reviendrait à son niveau de fin 2012
    * La croissance portée par la consommation et l'investissement
    * Un scénario menacé par le risque "Brexit"
    * Le commerce extérieur reste un point noir

    par Yann Le Guernigou
    PARIS, 16 juin (Reuters) - Le chômage devrait tomber à 9,5% de la population
active à la fin de l'année en France métropolitaine, soit 0,4 point de moins
qu'en 2015, prédit jeudi l'Insee, donnant enfin corps à l'inversion de sa courbe
après laquelle le gouvernement court depuis 2013.
    Dans une note de conjoncture publiée jeudi, l'institut anticipe dans le même
temps que la croissance de l'économie française atteindra 1,6% cette année,
après 1,2% en 2015, grâce à la bonne tenue de la consommation des ménages et à
l'accélération de l'investissement des entreprises.
    Il souligne que, avec les baisses de charges des entreprises et les aides à
l'embauche dans les PME, cette croissance sera plus riche en emplois, avec pour
effet que le taux de chômage  BIT devrait revenir à 9,5%, son meilleur niveau
depuis l'automne 2012, au début du quinquennat de François Hollande.
    Une épée de Damoclès pèse cependant sur ces prévisions, celle d'une sortie
de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, un risque que l'Insee n'a pas voulu
quantifier.
    "Clairement, l'hypothèse d'un 'Brexit' est un aléa négatif", a déclaré
Vladimir Passeron, chef du département conjoncture de l'Insee, sans toutefois
chiffrer son impact. 
    "C'est un choc qui concernerait en premier l'économie britannique et qui
dépendra beaucoup de la vitesse avec laquelle l'incertitude sera levée sur la
nature des accords commerciaux entre l'Union européenne et le Royaume-Uni",
a-t-il dit.
    En attendant, le ministre des Finances, Michel Sapin, s'est félicité des
prévisions de l'Insee, qui font plus que conforter le scénario de croissance de
1,5% de l'économie française retenu par le gouvernement pour cette année.
    "Ces prévisions nous incitent à continuer à mettre en oeuvre nos politiques
de soutien à l'activité, à l'emploi et au pouvoir d'achat", a-t-il déclaré dans
un communiqué.
    Le rythme élevé de la croissance des trois premiers mois de 2016, revu fin
mai à +0,6% (0,1 point de plus que précédemment), explique que l'Insee soit un
peu plus optimiste que les organisations internationales, dont les attentes se
situent entre 1,3% et "près de 1,5%".
    A plus court terme, l'institut ne voit le PIB du deuxième trimestre
progresser que de 0,3%, là où il anticipait avant 0,4%, puis 0,3% à nouveau au
troisième et 0,4% au quatrième.
    
    UN DÉFICIT COMMERCIAL EN HAUSSE
    Alors que l'économie française avait été largement portée l'an passé par des
facteurs extérieurs - taux d'intérêt très faibles, baisse du pétrole et de
l'euro, reprise dans le sud de l'Europe - ceux-ci devraient encore jouer en
2016, mais dans une moindre mesure.
    Car l'accélération attendue sera avant tout due à la demande intérieure,
avec une consommation des ménages (+1,6%) qui enregistrerait sa plus forte
hausse depuis 2010 grâce au redémarrage de l'emploi et à un investissement des
entreprises en progression de 4,7%, ce qui n'était pas arrivé depuis 2007, sur
la lancée de son début d'année très fort.
    S'y ajoute une évolution positive de deux postes qui ont pesé sur la
croissance l'an passé, l'investissement des ménages, à la faveur d'une
amélioration du marché immobilier, et celui des administrations.
    Il reste un gros point noir, le commerce extérieur, qui devrait contribuer
négativement à hauteur de -0,7 point au PIB français cette année et dont l'Insee
constate la dégradation en parallèle au rebond des investissements des
entreprises.
    Le déficit commercial hors énergie pourrait selon lui atteindre 22 milliards
d'euros, soit l'équivalent d'un point de PIB et un plus haut depuis 2011.
    S'agissant de l'emploi, l'institut table sur 139.000 créations nettes de
postes dans le secteur marchand cette année, soit 30.000 de plus qu'en 2015, et
209.000 dans toute l'économie.
    L'impact sur ce total du CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi) et des
baisses de charges du pacte de responsabilité serait encore de 55.000 emplois
(80.000 en 2015), auxquels s'ajouteraient 40.000 emplois créés par les aides aux
PME.
    L'Insee estime enfin que l'accélération de la formation des chômeurs prévue
cette année permettra d'en diminuer le nombre d'environ 30.000, ce qui
contribuera pour 0,1 point à la baisse du taux global attendue.
    
     Tableau des prévisions de l'Insee (en % sauf les contributions à la
croissance qui sont exprimées en point).
                             T1(*)   T2     T3     T4     2016    2015
 PIB                          0,6    0,3    0,3    0,4     1,6    1,2
                                                                 
                                                                 
                                                                 
                                                                 
 Importations                 0,6    0,2    0,4    0,7     3,9     6,4
 Consommation des             1,0    0,2    0,2    0,4     1,6     1,5
      ménages                                                    
 Consommation des             0,4    0,3    0,3    0,3     1,5     1,4
 administrations                                                 
 Investissement               1,6    0,1    0,3    0,4     2,9     0,9
  - Entreprises               2,4    0,2    0,5    0,6     4,7     2,7
  - Ménages                   0,3    0,0    0,2    0,2     0,2    -0,8
  - Administrations           0,9   -0,2    0,0    0,2     0,9    -3,9
 Exportations                 0,0    0,9    0,3    0,6     1,8     6,0
 Contributions                                                   
     (en point) :                                                
  - Demande intérieure        1,0    0,2    0,3    0,4     1,9     1,4
  - Variation des stocks     -0,2   -0,1    0,1    0,0     0,4     0,1
  - Commerce extérieur       -0,2    0,2   -0,1    0,0    -0,7    -0,3
 Taux de marge des           32,2   32,3   32,4   32,4    32,3    31,4 
 entreprises                                                     
 Taux d'épargne des ménages  14,6   14,5   14,6   14,3    14,5    14,5
 Taux de chômage BIT (**):                                       
  - France métropolitaine     9,9    9,8    9,6    9,5     9,5     9,9
  - France entière           10,2   10,1    9,9    9,8     9,8    10,2
    (*) les données du premier trimestre sont celles de la deuxième estimation
des comptes de la période publiée fin mai par l'Insee, à
l'exception du taux de marge des entreprises et du taux d'épargne des ménages,
qui restent à l'état de prévision.
    (**) les chiffres du taux de chômage pour 2015 et 2016 sont ceux du dernier
trimestre de chacune des deux années.
    
    La note de conjoncture de l'Insee : here

 (Yann Le Guernigou, édité par Jean-Baptiste Vey)