La Bundesbank prend la défense du billet de 500 euros

jeudi 3 mars 2016 18h00
 

LONDRES, 3 mars (Reuters) - La Bundesbank allemande a pris jeudi la défense du billet de 500 euros, rejetant les arguments selon lesquels il facilite le financement du terrorisme international et jugeant que son retrait de la circulation reviendrait à retirer un peu de "liberté" aux citoyens.

La Banque centrale européenne (BCE) a déclaré le mois dernier envisager l'abandon du billet de 500 euros en expliquant que sa valeur faciale, l'une des plus élevées au monde, permettait aux criminels de transporter facilement des montants importants.

"J'ai des doutes sur le fait que des terroristes ou d'autres criminels pourraient être empêchés de commettre des actes illégaux en plafonnant l'argent liquide ou en supprimant les dénominations les plus élevées", a déclaré Carl-Ludwig Thiele, membre du directoire de la banque centrale allemande, lors d'une conférence organisée par la London School of Economics.

"Il faut aussi se poser la question des idées sur lesquelles s'appuient ce genre de propositions: les citoyens ne doivent pas faire l'objet d'une suspicion permanente", a-t-il ajouté.

"Si on commence à remettre en cause ce genre de règles fondamentales, il faut prendre garde aux risques et aux conséquences, et garder à l'esprit le fait que la liberté meurt toujours à petit feu."

L'hypothèse d'une disparition du billet de 500 euros, dont la valeur faciale est plus de cinq fois supérieure à celle de la plus haute dénomination des billets américains, le billet de 100 dollars, suscite le mécontentement en Allemagne, où les consommateurs restent très attachés aux paiements en liquide.

La première économie d'Europe disposait, avant le passage à l'euro, d'un billet de 1.000 deutschemarks.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré mi-février que l'institution étudiait la possibilité de supprimer le billet de 500 euros en expliquant qu'il était "de plus en plus perçu comme un outil pour des activités illégales".

Certains observateurs soupçonnent derrière cette démarche une volonté de la BCE de décourager les épargnants de conserver des sommes importantes en liquide au moment où sa politique monétaire peine à relancer le crédit et la consommation. (Marc Jones et Karin Strohecker; Marc Angrand pour le service français, édité par Juliette Rouillon)