March 3, 2016 / 8:19 AM / a year ago

Les hedge funds n'ont pas pris de positions en vue d'un Brexit

7 MINUTES DE LECTURE

* Pas de paris massifs de hedge funds sur un Brexit

* La chute du sterling liée à des opérations de couverture

* Positions courtes sur le sterling réduites la semaine dernière

par Jemima Kelly et Patrick Graham

LONDRES, 3 mars (Reuters) - Les hedge funds, qui avaient acculé la Banque d'Angleterre à dévaluer la livre en 1992, emmenés alors par le financier George Soros, n'ont pas encore pris de paris massifs sur une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Peu d'entre eux jugent un Brexit probable et la plupart estiment que les mouvements des marchés dans la perspective du référendum ne seront guère lucratifs.

Les gérants et les équipes dédiées aux fonds spéculatifs des grandes banques contactés par Reuters ont dit que les fonds spécialisés sur les "risques extrêmes", qui prennent position dans la perspective de traumatismes majeurs de marché comme la crise des dettes souveraines de la zone euro ou une crise mondiale du crédit, estiment que la probabilité d'un effondrement du sterling est tout simplement trop faible.

Nombre de vendeurs à découvert à la petite semaine qui semblent avoir raté le gros de la chute de 9% de la livre sterling depuis le début de cette année ne pensent pas que le pari de ventes massive en vaille la chandelle, ont-ils ajouté.

"Ce n'est pas une position de grande qualité à avoir", a dit Anthony Lawler, gérant d'actifs chez GAM, qui a 25 milliards de dollars d'actifs investis dans des fonds spéculatifs.

"Pour commencer, les gens ne pensent pas qu'il y aura un Brexit et maintenant le sterling a baissé et le prix d'une option sur la volatilité implicite est élevé."

Les bookmakers donnent la probabilité d'un Brexit à un contre trois, lors du référendum du 23 juin sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne.

Ils sont plus suivis par les intervenants des marchés financiers que les sondages d'opinion depuis qu'ils ont prévu de manière plus fiable l'issue de plusieurs consultations politiques majeures au cours des dix dernières années.

Même si les partisans du Brexit devaient l'emporter, les gérants de hedge funds disent que l'incertitude sur la suite des événements est trop grande pour qu'une position massive à la vente sur le sterling avant ou juste après le vote soit vraiment intéressante.

Certains estiment même que l'euro pourrait s'en tirer plus mal que le sterling sur la durée si les Britanniques optaient pour une sortie de l'UE.

"Les grands fonds sont restés plutôt à l'écart des paris sur le Brexit", a dit le responsable du trading avec les hedge funds de l'une des 10 banques les plus actives sur le marché des changes. "Il y a de l'intérêt mais la plupart n'ont pas participé au mouvement qui a vu le sterling passer de 1,50 dollar à 1,40 dollar", a-t-il ajouté. "Cela leur semble déjà trop cher pour se lancer."

Le sterling a enregistré sa plus mauvaise performance sur trois mois depuis sept ans, lorsque la crise financière était au plus fort, chutant de près de 9% contre un panier de devises par rapport à son niveau de début décembre, en raison des craintes d'un Brexit et d'un report des anticipations sur un relèvement des taux directeurs de la Banque d'Angleterre.

Contre le dollar, le sterling est tombé à un plus bas de sept ans cette semaine, à trois cents seulement des points bas atteints lorsque la monnaie britannique avait tutoyé la parité avec le billet vert au milieu des années 80.

Les positions spéculatives nettes à la baisse du sterling sont tombées à un plus bas d'un mois et demi sur la semaine au 23 février, au cours de laquelle le sterling a chuté de 2,5%, montrent des données publiées vendredi et qui laissent penser que les fonds spéculatifs n'ont pas joué un rôle majeur dans ce recul de la devise.

La plupart des gérants de hedge funds macro, qui prennent des positions courtes ou longues sur une vaste gamme d'actifs en fonction de la situation macroéconomique, ne jugent pas le couple rendement-risque d'une vente à découvert du sterling suffisamment attractif.

coût De Couverture élevé

UBS, la quatrième banque la plus active sur le marché des changes, a dit cette semaine qu'elle prévoyait que le sterling pourrait tomber jusqu'à la parité contre l'euro dans la foulée d'une éventuelle victoire du Brexit. D'autres grandes banques d'investissement comme Citi, HSBC ou Goldman Sachs ont dit que le sterling pourrait perdre jusqu'à 20% de sa valeur en cas de Brexit.

Les investisseurs soulignent toutefois que les options sur devises, l'instrument le plus économique pour parier sur une forte chute du sterling, sont devenues trop chères.

Le problème vient de ce que beaucoup d'entreprises étrangères et de grands investisseurs institutionnels qui ont des portefeuilles d'actions britanniques achètent les mêmes options pour se couvrir contre le risque d'un effondrement de la livre.

Le prix des options qui permettent aux investisseurs de se couvrir contre le risque de nouvelles et fortes baisses du sterling face au dollar dans les six prochains mois a bondi à un plus haut de quatre ans et demi, à plus de 13%.

Les gestionnaires actions, déjà exposés sur le sterling au travers de leur portefeuille de valeurs britanniques, sont contraints de prendre position. Et, dans l'ensemble, cette position est que le sterling restera sans doute faible jusqu'à la tenue du référendum.

Stephen Bailey, gérant du Lion Trust Macro Fund, qui investit dans des actions sur la base de leurs fondamentaux, a porté la part des actions américaines à 20%, le maximum autorisé dans ce fonds, jouant de fait le dollar contre le sterling.

Pour d'autres, une position courte sur l'euro est plus attrayante, estimant que le débat britannique sur l'appartenance à l'UE peut conforter les formations eurosceptiques dans d'autres pays, y compris au sein de la zone euro. "Si le marché adopte une vision négative du risque européen en raison de la dynamique politique, cela conviendra à notre portefeuille", a dit Christopher Morrison, gérant d'Omni Macro Fund.

"En l'occurrence, nous sommes vendeurs sur l'euro mais suivre les développements politiques au sein de la zone euro est plus pertinent que ceux concernant le Brexit." (Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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