Russie-Une baisse de 5% des achats militaires à l'étude-sources

vendredi 19 février 2016 10h28
 

par Margarita Papchenkova, Lidia Kelly et Darya Korsunskaya

MOSCOU, 19 février (Reuters) - Le gouvernement russe envisage une baisse des dépenses d'armement de l'ordre de 5% cette année, ce qui serait une première pour l'armée, restée jusqu'alors épargnée par les mesures de rigueur qui touchent les autres ministères, a appris Reuters de quatre sources officielles distinctes.

Le projet est soutenu par sept ministères -- celui des Finances étant son plus ardent défenseur -- et des administrations publiques, ce qui doit lui permettre d'être débattu en conseil des ministres, ont dit les sources.

Son inscription à l'ordre du jour des débats gouvernementaux montre que plus aucun secteur n'est à l'abri des coupes budgétaires, à l'heure où la Russie entre dans une deuxième année de récession liée à la chute du prix du pétrole et aux sanctions commerciales européennes.

Vladimir Poutine a fait de la puissance militaire du pays une de ses priorités, s'engageant en Ukraine et en Syrie. Les dépenses d'armement se sont établies à 1.650 milliards de roubles (19,5 milliards d'euros) en 2015, selon le think tank spécialisé CAST, qui ajoute que celles-ci représentent la moitié du budget de la défense.

Cette année, le budget total de la défense russe s'élève à 3.140 milliards de roubles, un montant stable par rapport à 2015 (3.120 milliards de roubles), ce qui en fait le troisième mondial.

Une baisse de 5% des dépenses d'armement permettrait de dégager 100 milliards de roubles, a estimé un des responsables qui s'est entretenu avec Reuters, une économie relativement négligeable.

"Mais il ne s'agit pas d'argent, il s'agit d'établir un précédent politique", a-t-il dit.

L'entrée en vigueur de la mesure constituerait une victoire symbolique pour le ministère des Finances, qui a souvent fait valoir que la Russie ne pouvait plus se permettre de dépenser sans compter pour moderniser les forces armées et qui a appelé à une baisse des dépenses de 10% tous ministères confondus.

"Nous tentons de convaincre nos patrons qu'il est impossible que le budget supporte de telles dépenses aujourd'hui", a dit une source au ministère des Finances.

Une "redoutable opposition" est attendue du ministère de la Défense, a dit l'une des sources, qui a tenu à rester anonyme. Aucune décision n'a encore été prise, et la mesure nécessitera l'approbation du président ou du Premier ministre. (Julie Carriat pour le service français, édité par Marc Angrand)