Nucléaire-L'ASN juge le contexte de sûreté français préoccupant

mercredi 20 janvier 2016 12h33
 

PARIS, 20 janvier (Reuters) - Le contexte de sûreté nucléaire en France est "particulièrement préoccupant" a estimé mercredi le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui souligne notamment les difficultés actuelles d'EDF et d'Areva.

Pierre-Franck Chevet a également déclaré que le régulateur et ses soutiens techniques n'avaient pas obtenu les moyens qu'ils demandaient - ils n'ont obtenu qu'une trentaine d'embauches pour les prochaines années alors qu'ils en souhaitent 200 - et qu'ils devraient donc se concentrer en 2016 sur le contrôle des installations nucléaires en fonctionnement et non sur celles en cours de construction, comme l'EPR de Flamanville (Manche).

"Le contexte en matière de sûreté et de radioprotection est particulièrement préoccupant", a dit Pierre-Franck Chevet lors d'une conférence de presse.

"Nous sommes entrés aujourd'hui dans une phase d'enjeux sans précédent (...), les industriels qui ont la première responsabilité de porter ces enjeux sont en difficulté (...) et l'autorité de contrôle et son appui technique n'ont pas les moyens qu'ils attendaient pour gérer ces enjeux."

Pierre-Franck Chevet a rappelé que l'ASN devrait rendre en 2018 un avis "générique" sur l'éventuelle prolongation au-delà de 40 ans de la durée de vie des centrales nucléaires françaises, dont le régulateur estime toujours qu'elle n'est "pas acquise".

Un premier document prescriptif sur le sujet, fixant les grands objectifs et les études à mener, sera mis en consultation publique "dans les toutes prochaines semaines".

Pierre-Franck Chevet a en outre indiqué que l'ASN devrait être en mesure de prendre une décision fin 2016 sur les anomalies "sérieuses" détectées sur la cuve de l'EPR de Flamanville.

Le régulateur s'interroge en outre sur d'éventuelles "autres anomalies qui n'ont pas été à ce jour détectées" et prône un "réexamen un peu systématique de la qualité des fabrications passées", au-delà de l'audit en cours à l'usine d'Areva au Creusot (Saône-et-Loire).

"Les acteurs en charge des grandes installations sont en grandes difficultés économiques et techniques", a également souligné Pierre-Franck Chevet, alors qu'EDF fait face à de lourds investissements et doit prendre le contrôle de l'activité réacteurs d'Areva d'ici à la fin de l'année.

"Le gouvernement a pris une bonne décision en réorganisant la filière (...) mais il y a encore beaucoup de temps qui va s'écouler et nous sommes dans cette zone de transition où les organigrammes ne sont pas complètement arrêtés et où les capacités financières ne sont pas là (...), donc c'est pour moi un sujet de préoccupation majeure."

(Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez)