21 décembre 2015 / 15:26 / il y a 2 ans

L'Espagne, fragmentée politiquement, bascule dans l'incertitude

(Mot manquant deuxième para)

* Le Parti populaire (droite) a remporté les législatives

* Mais il n'a pas de majorité en vue

* Les socialistes refusent de soutenir Mariano Rajoy

* Podemos (gauche) réclame une nouvelle constitution

par Julien Toyer et Adrian Croft

MADRID, 21 décembre (Reuters) - Les partis politiques espagnols se retrouvent lundi confrontés à la tâche ardue de former une coalition à même de gouverner au lendemain d'élections législatives ayant débouché sur un parlement plus fragmenté que jamais, 40 ans après l'avènement de la démocratie.

Ce scrutin, marqué par la percée des mouvements Podemos (gauche radicale) et, dans une moindre mesure, Ciudadanos (centre), a mis fin à près de 40 ans de bipartisme en Espagne.

Le Parti populaire (PP) conservateur, arrivé en tête, mais en ayant perdu sa majorité absolue au Congrès des députés, tout comme le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), deuxième, doivent désormais se lancer dans la recherche d'alliances ou de formules de gouvernement inédites.

L'Espagne semble promise à plusieurs semaines de tractations politiques. Cette incertitude sur la future orientation économique du pays, toujours confronté à un chômage de masse après des années de récession, inquiète les investisseurs. La Bourse de Madrid perdait plus de 2% en milieu de journée alors que les autres grandes places européennes étaient en hausse.

"Nous entrons dans une période qui ne sera pas facile", a déclaré le président du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, à ses partisans réunis au siège du PP dans le centre de Madrid. "Il va être nécessaire de conclure des pactes et des accords et je vais m'y employer."

Malgré la perte de millions de voix par rapport aux élections de 2011, le PP, affaibli par des affaires de corruption, devrait se voir confier la mission de former une coalition.

Son partenaire logique semblerait être Ciudadanos mais le mouvement centriste ne dispose que de 40 élus, ce qui, ajouté aux 123 des conservateurs, ne permet pas d'atteindre la majorité absolue de 176 sièges à la chambre basse du Parlement.

LES SOCIALISTES HOSTILES À UNE GRANDE COALITION

Le chef de file de Ciudadanos, Albert Rivera, a exhorté lundi le PSOE à soutenir au cas par cas un gouvernement minoritaire dirigé par le PP.

"L'Espagne ne peut pas se permettre de devenir la Grèce. L'Espagne ne peut pas devenir un pays chaotique", a-t-il dit à la chaîne de télévision Telecinco.

Sous la direction de Pedro Sanchez, le PSOE, qui compte 90 élus, a prévenu qu'il ne formerait pas de grande coalition avec le PP.

"L'Espagne a voté pour le changement. C'est désormais au PP d'essayer de former un gouvernement (...) mais les socialistes voteront 'non' à Rajoy et au PP", a déclaré un dirigeant du PSOE, Cesar Luena, lors d'une conférence de presse.

La performance de Podemos, troisième des élections et crédité de 69 élus, rééquilibre l'échiquier politique espagnol vers la gauche mais une possible coalition formée du PSOE, de Podemos et de trois autres formations ne contrôlerait que 172 sièges.

Une telle alliance serait en outre difficile à former étant donné les divergences de vues économiques et institutionnelles, notamment sur le degré d'autonomie de la Catalogne, entre ces différents partis.

Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos, a clairement affiché lundi son objectif: "Afin qu'aucun doute ne subsiste (...), Podemos ne permettra pas un gouvernement PP ni activement ni passivement."

Il a ajouté que la priorité de son mouvement était de doter le pays d'une nouvelle constitution.

"Ce résultat confirme que l'Espagne est entrée dans une ère de fragmentation politique", analyse Antonio Barroso, du cabinet de conseil Teneo Intelligence. "La grande question est de savoir s'il y aura une coalition de partis contre Rajoy."

La Constitution espagnole ne fixe pas de date-butoir à la formation d'un gouvernement mais certains analystes évoquent déjà l'hypothèse d'un retour devant les électeurs pour sortir de l'impasse en vue.

Renvois:

Résultats des élections

Le processus de formation du gouvernement

Avec le bureau de Madrid; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Danielle Rouquié

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