L'austérité de Merkel a aidé le Front national, estime Gabriel

vendredi 11 décembre 2015 17h40
 

BERLIN, 11 décembre (Reuters) - Le vice-chancelier allemand et président du Parti social-démocrate (SPD) Sigmar Gabriel a accusé vendredi Angela Merkel d'avoir alimenté la montée du Front national en France en insistant sur la rigueur budgétaire pendant la crise de la dette dans la zone euro.

"J'ai toujours mis en garde Angela Merkel contre le fait d'imposer cette voie de l'austérité à la France", a déclaré le ministre de l'Economie lors du congrès annuel du SPD à Berlin.

"Si (les conservateurs) nous avaient mieux écouté, Mme Le Pen ne serait peut-être pas allée aussi loin qu'elle n'est actuellement", a ajouté Sigmar Gabriel.

Le vice-chancelier a également reproché à l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel de ne pas avoir fait pression sur Nicolas Sarkozy et le parti Les Républicains (LR) en faveur d'une alliance avec les socialistes pour empêcher le Front national de remporter des régions dimanche soir, à l'issue du second tour des élections régionales dans l'Hexagone.

"C'est une honte pour les conservateurs européens, et pour la CDU allemande, de permettre cela", a-t-il dit.

Evoquant plus largement la progression de l'extrême droite en Europe, Sigmar Gabriel a invité les membres du SPD à "s'opposer fermement à ces ennemis de l'Europe et à ces idées contre la liberté". "C'est le plus important travail de tous les sociaux-démocrates européens", a-t-il dit.

Le SPD, partenaire de la "grande coalition" dirigée par Angela Merkel, n'a guère profité des tiraillements entre la CDU et son alliée bavaroise la CSU à propos de la crise migratoire.

Qualifié par Sigmar Gabriel de "facteur de stabilité" au sein de la coalition, le SPD n'est crédité que de 24% d'intentions de vote dans un sondage publié vendredi par la société d'études Forschungsgruppe Wahlen, son plus bas niveau depuis neuf mois, à 15 points de l'alliance CDU-CSU.

Quant à Sigmar Gabriel, qui s'emploie à renforcer sa stature avant les prochaines élections fédérales de 2017, il a été reconduit vendredi à son poste avec 74% des suffrages des délégués présents, le plus faible score pour un dirigeant du SPD en vingt ans. (Paul Carrel; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)