December 8, 2015 / 9:00 PM / 2 years ago

LEAD 1-Migrants: Initiative Paris-Berlin pour que Frontex prenne la main

5 MINUTES DE LECTURE

(Actualisé avec extraits, § 3-8-9-12-13)

par Alastair Macdonald

BRUXELLES, 8 décembre (Reuters) - L'Allemagne et la France ont proposé que l'agence européenne Frontex ait la possibilité, au moins théorique, de prendre en charge la surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne même sans y être invitée par le gouvernement de l'Etat membre concerné.

L'initiative, qui vise en particulier la Grèce, traduit un durcissement des positions face à la crise des réfugiés, la plus grave qu'ait vécue l'Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Dans une lettre adressée la semaine dernière à la Commission européenne et consultée mardi par Reuters, les ministres français et allemand de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve et Thomas de Maizière, écrivent que "dans des circonstances exceptionnelles, Frontex devrait pouvoir prendre l'initiative de déployer sous sa propre responsabilité des équipes d'intervention rapide aux frontières".

La lettre des deux ministres est datée de jeudi dernier, à la veille d'une réunion des ministres de l'Intérieur des Vingt-Huit. A son arrivée à Bruxelles pour ce conseil ministériel, De Maizière avait plaidé pour une extension des compétences de Frontex, l'agence chargée de la coopération aux frontières extérieures de l'Union.

"La Commission devrait présenter une proposition dont le but est que Frontex puisse se substituer à un Etat national qui ne parvient pas à remplir d'une manière efficace ses obligations dans la défense des frontières extérieures", avait-il dit, précisant que Paris et Berlin souhaitaient un renforcement des compétences de Frontex. (voir )

La proposition franco-allemande ne vise pas un pays en particulier, mais constitue une réponse à une frustration croissante face à l'incapacité des autorités grecques, en première ligne dans la crise, à contrôler la frontière sud-est de l'espace Schengen.

vérifications De sécurité

De Maizière et Cazeneuve estiment aussi que la Grèce et l'Italie, autre pays de "première entrée", doivent retenir tous les migrants dans des "centres d'accueil" "aussi longtemps que nécessaire" pour étudier leurs demandes d'asile et vérifier leurs déclarations.

"Ces centres doivent être en mesure d'accueillir suffisamment de personnes et de les garder le temps nécessaire à leur identification, à la prise de leurs empreintes et à l'enregistrement de leurs données dans Eurodac (ndlr, une base de données communautaire) afin que les vérifications de sécurité nécessaires puissent être effectuées", ajoutent les deux ministres.

L'enquête sur les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis a révélé que les empreintes de deux des trois kamikazes qui se sont fait exploser aux abords du Stade de France correspondent à deux personnes qui ont été contrôlées en Grèce début octobre. (voir )

La question migratoire sera de nouveau abordée au plus haut niveau lors du prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, les 17 et 18 décembre à Bruxelles.

De source européenne, on indique que la Commission Juncker devrait probablement appuyer un plan assez semblable à celui exposé par Berlin et Paris. Il inclurait la proposition d'une nouvelle Agence européenne de garde-côte et des frontières qui pourrait être déployée sans invitation d'un Etat.

Le plan de la Commission est attendu pour le 15 décembre.

"Nous rejetons très fermement toute confusion entre terroristes et migrants. Nous devons donc prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher que des criminels et des terroristes potentiels exploitent le désespoir des réfugiés et s'infiltrent en Europe en se mêlant à eux", écrivent Cazeneuve et De Maizière.

Les traités européens prévoient une responsabilité souveraine des Etats sur les frontières extérieures de Schengen relevant de leur territoire. Mais la situation de la Grèce submergée par l'arrivée de migrants a incité d'autres Etats membres à imposer des contrôles à l'intérieur de l'espace de libre circulation et à demander une approche plus collective concernant les frontières extérieures. (Pierre Sérisier, Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français)

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