1 décembre 2015 / 17:39 / il y a 2 ans

LEAD 1-France-Premier procès d'une filière djihadiste après les attentats

* Premier procès du genre depuis les attentats

* Six prévenus présents, Benghalem grand absent

* Benghalem, bourreau présumé de Daech (Actualisé avec premières déclarations, détails)

par Chine Labbé

PARIS, 1er décembre (Reuters) - Le procès de sept djihadistes présumés, dont Salim Benghalem, considéré comme un des membres francophones les plus influents de l'Etat islamique et jugé en son absence, s'est ouvert mardi, deux semaines après les attentats de Paris.

Tous sont soupçonnés d'avoir participé, à des degrés divers, dès 2012 pour certains, et en tout cas courant 2013, à une filière d'acheminement de militants islamistes vers la Syrie.

Aux côtés de Salim Benghalem, l'un des bourreaux présumés de Daech en Syrie, Abdelmalek T., 26 ans, est suspecté d'avoir aidé à la prise en charge, sur place, de candidats au djihad en 2013.

"Je les ai aidés à traverser la frontière", a dit le Franco-Algérien au sujet de trois de ses co-prévenus, niant avoir pris part à des combats ou suivi un entraînement militaire.

"L'objectif principal c'était la chute de Bachar (al Assad, le président syrien, NDLR)", a-t-il encore assuré.

Xavier Nogueras, l'un des avocats de la défense, s'est dit inquiet avant le début des débats.

"Les événements de ces derniers jours vont forcément influer sur cette longue audience, peut-être impacter la sérénité dont on a besoin pour juger ces hommes", a-t-il déclaré.

"GRAND MANIPULATEUR" DES RECRUES FRANÇAISES

L'inquiétude est d'autant plus grande que "l'ombre de Salim Benghalem" pèse sur ce procès, souligne Me Nogueras.

Originaire de Bourg-la-Reine, près de Paris, Salim Benghalem, alias Abou Mohamed, 35 ans, est visé par un mandat d'arrêt international depuis le 9 mai 2014.

C'est le "grand manipulateur de toutes les recrues françaises de Daech", estime Roland Jacquard, président de l'observatoire international du terrorisme.

D'après lui, le Belge Abdelhamid Abaaoud, chef opérationnel présumé des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, tué dans un assaut des forces de l'ordre le 18 novembre, était sous ses ordres au sein d'une brigade francophone à Rakka.

Depuis septembre 2014, Benghalem, qui a d'abord rejoint les rangs du Front al Nosra, groupe affilié à Al Qaïda, à son arrivée début 2013 en Syrie, avant de prêter allégeance à l'Etat islamique en Irak et au Levant, est inscrit sur une liste américaine de "combattants terroristes étrangers".

Soupçonné d'avoir été l'un des geôliers de journalistes français en Syrie début 2014, aux côtés de Mehdi Nemmouche, auteur présumé de la fusillade qui a fait quatre morts en mai 2014 au Musée juif de Bruxelles, il est par ailleurs visé depuis fin juillet par une enquête pour séquestration et enlèvement.

Condamné cinq fois par la justice française entre 2001 et 2010, notamment pour tentative de meurtre, Salim Benghalem est connu depuis de nombreuses années des services de renseignement, notamment pour ses liens avec certains membres d'une filière pakistano-afghane du 19e arrondissement de Paris.

C'est dans le cadre de ce réseau que Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo qui a fait douze morts en janvier à Paris, sera condamné en mai 2008 à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis.

"UN MAXIMUM DE DÉGÂTS"

Jusqu'à fin 2012, Benghalem fréquente la mosquée de Cachan (Val-de-Marne), son dernier lieu de domicile connu en France, avant de s'installer quelques mois en Tunisie, fin 2012, avec femme et enfants, et de rejoindre seul la Syrie début 2013.

D'après son épouse, entendue en garde à vue en janvier 2014, c'est à partir de 2011 qu'il se radicalise.

En juillet de la même année, il disparaît pendant trois semaines et se rend au Yémen, où il se forme à la manipulation des armes, comme elle l'expliquera aux enquêteurs.

"Il avait reçu pour mission de commettre un attentat en France contre des Américains, à l'encontre (...) d'une université américaine", détaillera-t-elle, selon une source judiciaire. Mais il ne passera jamais à l'acte.

En Syrie, Benghalem combat et, en tant que membre de la police islamique, il participe aux interrogatoires de prisonniers, assure-t-elle.

Il lui dit vouloir mourir en martyr, et ne pas avoir l'intention de rentrer en France. "Si (je rentre), ce sera pour faire un attentat, un maximum de dégâts", lui aurait-il déclaré. (avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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