France-Rebond confirmé début 2015, insuffisant pour l'emploi

jeudi 2 avril 2015 22h00
 

* Le pétrole et l'euro apportent 0,4 point de croissance
    * La prévision 2015 du gouvernement confortée
    * L'investissement reste aux abonnés absents

    par Yann Le Guernigou
    PARIS, 2 avril (Reuters) - L'Insee a confirmé jeudi le
scénario d'un rebond de l'économie française alimenté par la
chute des cours du pétrole et la dépréciation de l'euro, mais
d'une ampleur insuffisante à ce stade pour enrayer la
progression du chômage.
    Si plusieurs clignotants sont repassés au vert après trois
années de stagnation, l'institut ne voit dans sa dernière note
de conjoncture aucune embellie sur le front de l'investissement
des entreprises susceptible d'enrichir cette reprise en emplois.
    Le gouvernement, qui doit annoncer des mesures de soutien à
l'investissement la semaine prochaine, se trouve
néanmoins conforté dans son scénario macroéconomique pour 2015.
    L'Insee a revu ainsi en hausse de 0,1 point, à 0,4%, ses
anticipations de croissance pour le premier trimestre 2015, et
confirmé tabler sur un PIB en hausse de 0,3% pour le deuxième.
    Avec une telle évolution, l'économie française afficherait à
la fin du premier semestre une croissance de 1,1% en glissement
annuel, un niveau qu'elle n'a pas connu depuis 2011. 
    Et des hausses de l'ordre de 0,2% à 0,3% du PIB suffiraient
aux troisième et quatrième trimestres pour atteindre 1,0% de
croissance moyenne sur l'ensemble de l'année, comme l'a prévu le
gouvernement dans son budget. 
    "C'est quelque chose qui semble réaliste", a déclaré
Vladimir Passeron, chef du département de la conjoncture de
l'Insee. 
    Il faudrait en revanche 0,4% au deux derniers trimestres
pour que le rythme de croissance accélère à 1,5% en fin d'année,
le niveau à partir duquel l'économie française crée des emplois,
comme l'a appelé de ses voeux le Premier ministre Manuel Valls.
    Dans l'immédiat, l'Insee estime que le pétrole moins cher et
la baisse de l'euro contribueront pour 0,4 point à la croissance
du premier semestre, légèrement plus que dans ses précédentes
prévisions, grâce à leurs effets positifs sur le pouvoir d'achat
des ménages et les marges des entreprises.
    
    MARGES EN HAUSSE, INVESTISSEMENTS EN BERNE
    Les particuliers bénéficieront aussi d'un recul attendu des
prélèvements et de la faiblesse de l'inflation, ce qui fait que
leur pouvoir d'achat devrait afficher une progression de 1,6%
sur un an à la fin juin, un rythme plus que doublé par rapport à
la même période de 2013/2014 et le plus élevé depuis 2010.
    Cette hausse se reflétera dans l'évolution de la
consommation, plus que jamais le principal moteur de l'économie
française : après avoir stagné en moyenne pendant quatre ans,
elle progresserait de 0,6% au premier trimestre puis de 0,3% au
second, la différence tenant pour l'essentiel aux dépenses en
énergie liées à la météo.
    Pour les entreprises, qui profitent également des effets du
Crédit d'emploi compétitivité emploi et des baisses de charges
du pacte de responsabilité, l'Insee anticipe une nette hausse du
taux de marge qui, sur sa lancée de la fin 2014, retrouverait à
la mi-2015 son niveau de début 2011. 
    Mais les entreprises ne devraient pas pour autant augmenter
leurs investissements, a indiqué Laurent Clavel, chef de la
division synthèse conjoncturelle de l'Insee. "C'est ce qu'elles
nous disent dans les enquêtes de conjoncture. Le climat des
affaires s'est relativement amélioré mais reste bien en dessous
de sa moyenne de longue période", a-t-il ajouté.
    L'Insee escompte une stagnation de l'investissement des
entreprises au premier trimestre suivie d'une maigre hausse de
0,1% au second, un léger mieux dans l'industrie permettant de
compenser un secteur de la construction toujours déprimé.
    A l'heure où le gouvernement prépare des mesures pour tenter
de les relancer, l'institut rappelle que l'investissement n'a
jamais été un moteur dans les phases de reprise en France et
qu'il peut se passer "quelques trimestres" avant qu'il n'embraye
derrière un regain de demande des ménages.
    Dans ce contexte, le rythme de croissance restera
insuffisant sur les six premiers mois de 2015 pour permettre des
créations nettes d'emplois et absorber la hausse de la
population active. 
    La conséquence en sera que le taux de chômage continuera
d'augmenter au rythme de 0,1 point par trimestre pour atteindre
au 30 juin 10,2% en France métropolitaine (10,4% en incluant
l'Outre-mer).
      
    
    Principales prévisions de l'Insee (variations T/T-1 en %,
données CVS-CJO) :
                               ---2014---   ---2015---
                                   T4      T1(p)  T2(p)  2014

 PIB                              0,1      0,4    0,3     0,4   
 Importations                     1,7      0,8    0,8     3,9
 Consommation des ménages         0,2      0,6    0,3     0,6
 Conso des administrations        0,5      0,4    0,5     1,8
 Investissement des ENF*         -0,2      0,0    0,1     0,7
 Investissement des ménages      -1,5     -1,0   -1,0    -5,9
 Exportations                     2,5      0,8    1,2     2,9
 Contributions (en point) :
 - Demande intérieure             0,1      0,4    0,2     0,4
 - Variations de stocks          -0,2      0,0    0,0     0,3
 - Commerce extérieur             0,2      0,0    0,1    -0,3
* entreprises non-financières
    
    La note de conjoncture sur le site de l'Insee : www.insee.fr/fr/

 (édité par Yves Clarisse)