31 mars 2015 / 10:14 / il y a 2 ans

BCE-Le QE à peine lancé, les marchés évoquent déjà sa réduction

par John Geddie et Nigel Stephenson

LONDRES, 31 mars (Reuters) - Trois semaines seulement après le lancement par la Banque centrale européenne (BCE) de son programme d'achats massifs d'actifs, qui doit se poursuivre sur 19 mois au moins, certains sur les marchés se préparent déjà au jour où elle en ralentira le rythme, peut-être dès cette année.

Une reprise de la croissance et de l'inflation, l'envolée du prix de certains actifs comme les actions, la forte chute de l'euro et une pénurie de titres obligataires sont autant de facteurs cités par les analystes pour justifier une réduction de ses achats par la BCE.

"Nous prévoyons que la BCE décidera de réduire ses achats dès la seconde partie de cette année", a dit Hendrik Lodde, analyste chez DZ Bank, qui anticipe une amélioration de la conjoncture économique dans la zone euro à l'horizon de la fin de l'année.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a précisé le 5 mars que l'institution achèterait chaque mois pour 60 milliards de titres obligataires, principalement des obligations d'Etats de la zone euro, jusqu'en septembre 2016 ou jusqu'à ce que l'inflation soit revenue sur une trajectoire compatible avec l'objectif de la BCE d'une inflation proche de, mais inférieure à 2% l'an à moyen terme.

De sources internes à la BCE, on précise que ses responsables monétaires n'ont pas débattu pour l'instant d'une modération des achats dans le cadre du QE et Mario Draghi a dit la semaine dernière devant le Parlement européen qu'une reprise de l'inflation était à ses yeux liée à la mise en oeuvre intégrale du programme.

Pour certains analystes, le débat sur la réduction des achats finira néanmoins par émerger dans les comptes-rendus des réunions de politique monétaire que la BCE publie depuis le début de l'année et dont la prochaine livraison est attendue jeudi.

LA CONJONCTURE S'AMÉLIORE DÉJÀ

Le compte-rendu de la réunion du 22 janvier, à l'issue de laquelle le QE a été effectivement lancé, montrait déjà des divergences sur l'opportunité même de son lancement. La plupart des membres du conseil des gouverneurs ont voté en faveur d'une mise en oeuvre immédiate mais certains d'entre eux ont estimé qu'une telle étape ne saurait être franchie que dans des situations "d'urgence".

Contrairement aux programmes d'assouplissement quantitatif lancés par la Réserve fédérale (Fed) en 2008 et par la Banque du Japon (BoJ) en 2013, celui de la BCE a démarré dans un contexte d'amélioration des données économiques de la zone euro.

Le jour même de son lancement, la BCE a relevé sa prévision de croissance pour 2015 à 1,5% contre 1,0% précédemment et dit que l'inflation passerait de zéro en moyenne cette année à 1,8% en 2018.

Depuis, les indicateurs économiques publiés pour la zone euro sont plutôt ressortis au-dessus des attentes. La croissance dans le secteur privé a accéléré plus qu'attendu en mars, selon les premiers résultats des enquêtes Markit auprès des directeurs d'achat publiés la semaine dernière, atteignant un plus haut depuis mai 2011.

L'inflation se redresse. Et si elle n'est pas parvenue à revenir en territoire positif au mois de mars comme certains économistes l'espéraient, elle ne recule plus que de 0,1% en glissement annuel contre -0,3% le mois précédent.

"Je pense que la BCE pourrait envisager une modération de ses achats avant septembre 2016 si elle est vraiment convaincue qu'elle n'a plus besoin du QE pour obtenir le retour à la stabilité des prix de manière durable", a dit Francesco Papadia, ancien directeur général de la BCE en charge des opérations de marché.

"Mais les obstacles à une telle décision seront au moins aussi importants que ceux rencontrés pour décider du QE", a-t-il ajouté, une réduction des achats avant la date annoncée équivalant à un resserrement de la politique monétaire par rapport aux anticipations de marché.

"DISTORSION EXCESSIVE"

Le QE de la BCE a accentué la chute des rendements obligataires au sein de la zone euro, qui étaient déjà pour beaucoup à des plus bas records avant même son lancement, alimentant les craintes de formation d'une bulle financière.

Avant même le lancement du QE, de nombreux analystes avaient prévenu que la BCE pourrait rencontrer des difficultés pour acheter suffisamment d'obligations, les investisseurs refusant de s'en défaire soit pour des raisons réglementaires, soit dans l'espoir d'obtenir un meilleur prix ultérieurement.

Vincent Chaigneau, responsable de la stratégie changes et taux à la Société générale, recommande de surpondérer les obligations des pays du "coeur" comme des pays périphériques de la zone euro, sans sous-estimer un risque potentiel.

"Le risque principal par rapport à cette position, c'est qu'à un certain point, la BCE revoie à la baisse le programme en se fondant sur le fait qu'il entraîne une distorsion excessive sur les marchés obligataires en euro."

D'autres analystes jugent une réduction des achats très peu probable en raison de la relativement courte durée du programme.

La BoJ s'est engagée pour deux ans mais subit de fortes pressions pour prolonger son programme. La Fed, elle, a poursuivi ses achats pendant près de trois ans et demi après une reprise initiale de l'activité qui s'est avérée sans lendemain.

Pour Christian Schulz, économiste à la Berenberg Bank et ancien collaborateur de la BCE, "le processus a été si pénible pour obtenir le QE, pour pouvoir acheter des obligations souveraines (...), qu'à moins d'avoir une très bonne raison de le faire, je pense qu'ils nuiraient à leur propre crédibilité en le réduisant avant même son échéance, d'autant que ce n'est pas un programme d'une durée très longue."

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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