19 janvier 2015 / 16:49 / dans 3 ans

Les marchés n'attendent pas de miracle de la BCE sur l'inflation

par Marius Zaharia

LONDRES, 19 janvier (Reuters) - A trois jours de la possible annonce par la Banque centrale européenne (BCE) d‘un nouveau plan d‘assouplissement monétaire, les marchés financiers ne semblent lui prêter qu‘une capacité limitée à faire remonter l‘inflation vers son objectif d‘ici dix ans.

La BCE pourrait annoncer jeudi son intention de racheter pour plusieurs centaines de milliards d‘euros d‘obligations d‘Etat, dans le but de favoriser la remontée des prix. Mais sur les marchés, les anticipations d‘inflation restent orientées à la baisse.

Le principal facteur d‘évolution des prix ces derniers mois a été la chute de 60% des cours du pétrole, qui a pris investisseurs et responsables économiques par surprise et qui se répercute progressivement sur les prix d‘une large gamme de produits et de services.

Parallèlement, les anticipations d‘inflation dans la zone euro ont reculé au même rythme que dans d‘autres régions, notamment aux Etats-Unis, où la Réserve fédérale se prépare, contrairement à la BCE, à durcir sa politique.

Certains expliquent ce mouvement par le fait que les investisseurs commencent à douter de l‘efficacité de l‘assouplissement quantitatif (QE). Et quelques uns s‘interrogent sur la crédibilité même de la BCE.

Le point mort d‘inflation à cinq ans dans cinq ans , principal baromètre des anticipations d‘évolution des prix par les marchés, a baissé de 60 points de base sur les six derniers mois et de 20 points depuis le début du mois.

Ce contrat, qui permet de mesurer aujourd‘hui à quel niveau les investisseurs s‘attendent à voir en 2020 la prévision d‘inflation pour 2025, évolue à des plus bas records, autour de 1,5%, donc nettement en dessous de l‘objectif de la BCE d‘une inflation inférieure à mais proche de 2%.

Son équivalent américain se traite actuellement à 2,17%, contre 2,33% en décembre et 2,80-2,90% il y a six mois.

Le contrat européen devrait remonter un peu si la BCE confirme le lancement d‘un QE. Mais un peu seulement.

“Inutile de rêver à un retour du point mort au niveau auquel la BCE souhaite le voir”, dit Ralf Preusser, responsable de la recherche taux EMEA de BofA Merrill Lynch. “Il faut prendre en compte une certaine probabilité que ça ne fonctionne pas.”

2% D‘INFLATION, UN OBJECTIF DÉPASSÉ ?

“Il s‘agit d‘une réaction rationnelle des marchés au fait qu‘aucune banque centrale n‘a réussi à atteindre son objectif d‘inflation depuis quatre ou cinq ans. Le marché ne croit pas que le QE sera le remède miracle. Il ne peut être qu‘une partie de la solution.”

Pour Jean-François Perrin, responsable de la stratégie inflation de Crédit agricole, il faudrait que le taux d‘inflation en zone euro remonte mois après mois pendant une période prolongée pour que les anticipations s‘améliorent de manière sensible.

“Une fois que le QE sera annoncé, l‘euro pourrait encore baisser et les cours du pétrole rebondir. Donc (...) le ‘cinq ans-cinq ans’ pourrait rebondir à 1,6% mais je ne suis pas sûr du tout qu‘il remontera ne serait-ce qu‘à 1,8%”, explique-t-il.

Même si certains, sur les marchés, jugent que la BCE a attendu trop longtemps avant de lancer son QE, d‘autres mettent en garde contre des critiques excessives.

Le niveau du point mort “cinq ans-cinq ans” dépend des anticipations actuelles sur la différence effective en 2020 entre le rendement des obligations traditionnelles à cinq ans et celui des obligations indexées sur l‘inflation.

Or la perception de cet écart pourrait être faussée par le fait que les marchés s‘attendent à voir les obligations indexées exclues du futur programme d‘achats de titres de la BCE, en raison de leur manque de liquidité et de l‘absence de telles émissions dans quatre des 19 pays de la zone euro.

Si les obligations indexées étaient exclues du QE, les rendements des obligations traditionnelles reculeraient davantage, ce qui réduirait l‘écart entre les deux catégories de titres.

Certains se demandent par ailleurs si un objectif d‘inflation de 2% est encore pertinent.

“Je ne dirais pas que la BCE n‘a aucune crédibilité. Je pense simplement qu‘il y peut-être beaucoup de gens qui pensent qu‘un objectif de 2% n‘est pas crédible. Il a été fixé il y a des années et le monde change”, explique Marie-Anne Allier, responsable de la gestion taux aggregate chez Amundi.

“On a le sentiment que le QE ne marchera pas, qu‘il n‘insufflera pas d‘inflation dans le système. Mais est-ce que quelqu‘un a une meilleure idée?”

Graphiques:

* L‘inflation dans la zone euro pays par pays:

link.reuters.com/vex45v

* Les anticipations d‘inflation en zone euro:

link.reuters.com/dat72w

* Distribution mensuelle des taux d'inflation en zone euro sur les cinq dernières années: link.reuters.com/bet52w

graphiques de Vincent Flasseur; Marc Angrand pour le service français

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