Le taux de dépôt négatif de la BCE critiqué en Allemagne

vendredi 21 novembre 2014 17h43
 

FRANCFORT, 21 novembre (Reuters) - La politique de taux négatifs de la Banque centrale européenne (BCE) pourrait nuire au secteur bancaire en entamant sa rentabilité, en incitant à des prises de risques excessives et en créant de nouvelles divergences d'intérêts entre les banques et leurs grands clients, ont estimé vendredi plusieurs responsables du secteur.

La BCE a fait passer en septembre son taux de rémunération des dépôts à -0,2%, ce qui signifie concrètement que les banques doivent payer pour déposer des liquidités auprès de la banque centrale alors que ces dépôts constituaient auparavant pour elles une source de revenus.

Cette mesure vise à dissuader les banques de laisser leurs liquidités à la banque centrale et à les inciter à prêter davantage, entre autres aux petites et moyennes entreprises.

Mais pour Elke Koenig, la présidente de la Bafin, l'autorité de tutelle du secteur bancaire allemand, elle pourrait conduire les banques à prendre des risques inconsidérés pour rechercher des rendements plus élevés.

"L'excès de liquidités pourrait même menacer le système bancaire s'il est mal employé", a-t-elle dit à Reuters en marge d'une conférence.

S'exprimant lors de la même conférence, le directeur financier de Deutsche Bank, Stefan Krause, a estimé que la rentabilité des banques allait souffrir du taux négatif car le coût de celui-ci pouvait difficilement être répercuté sur les clients.

"Nous allons devoir payer la facture pendant un moment et je ne sais pas combien de temps les banques pourront supporter cela", a-t-il dit.

Commerzbank, la deuxième banque allemande, a déclaré qu'elle envisageait de répercuter sur ses grands clients une partie des charges supplémentaires payées à la BCE sur les dépôts.

Pour Stefan Krause, il sera "psychologiquement" difficile de faire accepter aux clients l'idée de devoir payer pour laisser en dépôt des liquidités, ce qui obligera les banques à rogner sur leurs marges.

Michael Kemmer, le président de la BdB, la fédération bancaire allemande, a déclaré de son côté que les taux négatifs plaçaient les banques et leurs grands clients entreprises dans des positions diamétralement opposées.

Certaines banques pourraient même utiliser des "politiques tarifaires prohibitives" pour dissuader leurs grands clients d'effectuer d'importants dépôts en fin d'année, a-t-il dit. (Thomas Atkins, Marc Angrand pour le service français)