23 octobre 2014 / 08:59 / il y a 3 ans

France-Le repli de l'euro pas encore assez fort pour les PME

* L‘euro a cédé près de 8% depuis janvier

* Les PME et ETI en profitent pour accroître les volumes

* La baisse pas assez forte et durable pour un effet stratégique

par Gregory Blachier

PARIS, 23 octobre (Reuters) - Le recul de l‘euro depuis six mois est un bol d‘air pour les PME exportatrices françaises et crée un effet d‘aubaine mais n‘est pas assez fort ou pérenne pour être un détonateur stratégique et reconquérir de gros marchés, disent dirigeants et spécialistes.

La devise européenne s‘échangeait en deçà de 1,27 dollar jeudi matin et a cédé 9% face au dollar depuis qu‘elle a touché son plus haut de l‘année, début mai, légèrement en dessous d‘1,40 dollar.

L‘exécutif français, comme dans d‘autres pays européens, a souvent déploré le niveau élevé de la monnaie unique, jugé handicapant pour les exportations et ramené à niveau plus raisonnable sous l‘effet des politiques monétaires et de la reprise américaine, notamment.

Les effets du repli sont visibles pour les multinationales, qui concentrent l‘essentiel des exportations françaises - 80% à 90% - et peuvent espérer comme leurs concurrentes européennes un rebond des profits à terme. (voir )

Mais beaucoup de PME et d‘ETI (entreprises de taille intermédiaire) sont aussi orientées vers l‘international et pour elles, l‘enjeu porte davantage sur la consolidation de l‘activité.

“Les grandes entreprises vont avoir tendance à absorber la baisse de l‘euro dans leurs marges. Les petites utilisent à plein la variation de taux de change pour augmenter les volumes”, dit Jérôme Héricourt, économiste au Centre d‘études prospectives et d‘informations internationales (Cepii).

“L‘effet moyen, c‘est qu‘une dépréciation de 10% (de l‘euro) augmente de 6% la valeur exportée. L‘essentiel passe par les volumes et ça, c‘est une bonne chose”, ajoute-t-il.

Le gain est d‘autant plus précieux dans un contexte national morose. Pascal Labet, directeur des affaires économiques et fiscales à la CGPME, souligne que “le chef d‘entreprise a trop de contingences qui risquent de le mettre en péril donc (l‘euro) est un sujet mais ce n‘est pas la préoccupation numéro un”.

Mais, reconnaît-il : “Pour les entreprises qui travaillent à l‘export, il y a un effet de levier” dont l‘impact pourra être évalué sur un an, les PME étant plutôt sur des “contrats longs”.

“VRAIMENT CLÉ”

Des entreprises concernées en témoignent toutefois déjà, la question étant même cruciale pour certaines. Egide, producteur de boîtiers pour systèmes électroniques, au chiffre d‘affaires consolidé de 22,6 millions d‘euros en 2013, produit en euro et réalise 50% de ses ventes à l‘étranger, dont 37% en dollars.

“L‘avantage actuellement, c‘est qu‘on gagne des marchés. On est parfois à cinq ou dix dollars près sur des boîtiers à 500 dollars. Avec un euro à 1,45 dollar, on perd tout”, dit Philippe Lussiez, directeur général délégué.

Si le groupe est “protégé” par son savoir-faire sur les segments à haute technologie, où ses concurrents sont américains ou japonais, notamment, il peine davantage sur les marchés où les volumes sont beaucoup plus grands, comme les télécoms.

“Un euro à 1,20 voire 1,15 dollar nous permettrait de revenir sur des marchés à grands volumes low-cost qui nous ont été pris par les Chinois”, expose Philippe Lussiez. “Comme on a besoin de volume pour être positif en cash, c‘est vraiment clé.”

“Un marché de volume, ça nous permet de faire tourner l‘usine à plein, de rentabiliser le capital immobilisé.”

Gaussin, dont 95% de la production de véhicules pour les terminaux portuaires est exportée, en Asie et dans le Golfe notamment, trouve un double intérêt dans la baisse de l‘euro.

“La monnaie principale pour les armateurs, c‘est le dollar. La baisse nous met à armes égales avec la concurrence et peut nous permettre de prendre des parts de marchés supplémentaires”, expose le PDG, Christophe Gaussin.

“Et sur les affaires déjà passées, c‘est huit points de marge que je peux récupérer. C‘est énorme dans un secteur où, quand on fait 15 à 20 points de marge, c‘est bien.”

“COUPS DE POING”

Un atout essentiel pour sécuriser les projets d‘une société trop petite pour couvrir ses contrats potentiels, avec ses 12 millions d‘euros de CA en 2013 et malgré un fort développement (16 millions d‘euros de CA au premier semestre 2014).

“On fonctionne en risques, donc même si l‘euro tombe à 1,20, dans mes calculs je vais le prendre à 1,35 ou 1,40. Il y a trop d‘aléas et je dois prendre le risque d‘être trop cher”, dit Christophe Gaussin.

La réflexion est semblable chez Egide, où l‘on aurait besoin d‘une tendance longue pour prendre des engagements forts.

“Aujourd‘hui, aucune banque n‘est capable de nous donner des assurances. Il y a des avis très divergents” sur l‘évolution de l‘euro dans les mois qui viennent, explique Philippe Lussiez.

A une échelle supérieure, les moyens sont autres, pas les questionnements. Pour le fournisseur d‘engins de manutention Manitou, - 1,176 milliard de chiffre d‘affaires en 2013 -, les impacts sont peu visibles à court terme.

“On est dans un tunnel favorable. On se couvre et on essaie d‘en profiter”, dit Hervé Rochet, directeur financier de Manitou qui fait 40% de sa facturation en devises, dont les 20% en sterling, dollar australien et rand sud-africain sont sensibles aux changes.

“Mais 7%, ce n‘est pas une amplitude qui nous amènerait à faire des choix stratégiques”, ajoute-t-il.

“Les fluctuations sont extrêmement rapides, la volatilité, ça fait des coups de poing mais l‘avantage compétitivité se construit dans la durée. Entre 2007 et 2014, il y a eu un gain d‘environ 15% d‘avantage compétitif pour le sterling.”

En 2008, Manitou avait fait un choix stratégique : aller vers une acquisition aux Etats-Unis. Mais pour cela, “il faut vraiment que la pression soit très forte”, dit Hervé Rochet.

“J‘ai appris qu‘on ne voit jamais ce qui va se passer, surtout sur le sujet des changes”, ajoute-t-il, disant que faute de mieux, le repli actuel est un “formidable ballon d‘oxygène”. (Edité par Yves Clarisse)

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