January 24, 2013 / 2:48 PM / 5 years ago

Deux ans après sa révolution, l'Egypte continue de manifester

6 MINUTES DE LECTURE

* Appel de l'opposition à manifester vendredi

* La Constitution fait toujours polémique

* Les Frères musulmans vont lancer une campagne caritative

par Tom Perry

LE CAIRE, 24 janvier (Reuters) - L'Egypte célèbre vendredi, sans grands motifs de réjouissance, le deuxième anniversaire de la "révolution du Nil" qui a balayé le régime d'Hosni Moubarak: l'économie est en berne et le pays, divisé et polarisé, s'attend à de nouvelles manifestations contre le pouvoir, cette fois, islamiste.

L'opposition a appelé à manifester place Tahrir vendredi, date anniversaire du début de la révolution, pour exprimer sa colère contre le président Mohamed Morsi et les Frères musulmans dont il est issu.

Elle accuse le gouvernement d'avoir trahi l'esprit et les objectifs de la révolution du 25 janvier, qui avait galvanisé les Egyptiens dans une manifestation d'unité nationale jamais retrouvée depuis.

"Nous ne considérons pas cela comme une célébration. Ce sera une nouvelle vague révolutionnaire qui montrera aux Frères musulmans qu'ils ne sont pas seuls - qu'il existe d'autres forces capables de leur résister", a déclaré Ahmed Maher, fondateur du Mouvement du 6-Avril, regroupement de jeunes révolutionnaires à l'origine du soulèvement qui provoqua la chute d'Hosni Moubarak en février 2011.

Les Frères musulmans ont annoncé de leur côté qu'ils n'appelaient pas leurs partisans à descendre place Tahrir. Les yeux rivés sur les prochaines élections législatives, la confrérie fêtera le deuxième anniversaire de la révolution en lançant une campagne caritative en faveur des plus démunis.

Ils promettent notamment d'envoyer des volontaires pour rénover près de 2.000 écoles, planter des arbres, fournir de l'aide médicale et ouvrir des "marchés caritatifs" qui proposent des denrées à des prix abordables.

"Remonter Le Moral Des Egyptiens"

"L'importance de l'anniversaire est de remonter le moral des Egyptiens: plus d'espoir et plus d'emplois", a déclaré Ahmed Aref, porte-parole des Frères musulmans qui se trouvait place Tahrir pendant les 18 jours qu'a duré le soulèvement contre Moubarak.

Depuis deux ans, l'Egypte se bat contre une grave crise économique accentuée par les troubles politiques qui se sont poursuivis après l'élection de Mohamed Morsi. L'objectif commun qui unissait la population contre Moubarak a cédé la place au conflit.

Les laïques et les libéraux rassemblés au sein du Front du salut national (FSN) accusent les Frères musulmans de vouloir dominer le pays et de restreindre les libertés civiques, notamment depuis l'adoption en décembre par référendum d'une Constitution controversée.

La nouvelle Loi fondamentale reste l'un des principaux points d'accroche avec le gouvernement. "Rien n'ébranlera nos espoirs, mais cette Constitution n'est pas digne de la révolution", a déclaré Ahmed Maher.

L'opposition la juge trop influencée par l'islam, pas assez protectrice des droits des femmes et des minorités et estime qu'elle accorde trop de privilèges au chef de l'Etat.

Son adoption avait provoqué nombre de manifestations et fait chuter le cours de la livre égyptienne à des records historiquement bas.

Les islamistes au pouvoir estiment quant à eux que l'opposition ne respecte pas les règles du jeu démocratique.

"Je m'attends à de très grandes manifestations et à des troubles", a déclaré Elijah Zarwan, du Conseil européen des relations étrangères, un centre de recherche pan-européen. "Depuis deux ans, un réel désenchantement s'est emparé de l'Egypte."

"Les Egyptiens ont le sentiment que le pays est en train de reculer sur le plan social, économique, et en termes de gouvernance. Politiquement, les divisions sont devenues si exacerbées qu'il est difficile d'imaginer que les partis et factions parviendront à s'accorder, même sur ce sur quoi ils sont d'accord."

Situation Economique

Les partisans de Mohamed Morsi jugent les critiques de l'opposition injustes.

Pour eux, l'adoption rapide d'une nouvelle Constitution a, au contraire, permis de rétablir la stabilité tandis que l'opposition ne fait qu'aggraver la situation en continuant à provoquer des incidents.

Pouvoir et opposition se rejettent par ailleurs la responsabilité de la mauvaise situation économique actuelle, alors que la chute de la livre égyptienne a renchéri le coût des denrées à l'importation dont le pays dépend cruellement.

L'opposition accuse le gouvernement de mal gérer l'économie, tandis que le gouvernement rejette la responsabilité sur le climat d'instabilité entretenu par ses opposants.

Or la forte polarisation de la vie politique rend plus difficile la résolution des problèmes économiques. En décembre, Mohamed Morsi a repoussé des réformes nécessaires pour lutter contre le déficit budgétaire et assurer le déblocage d'un prêt de 4,8 milliards de dollars du Fonds monétaire international.

Alors que les réserves en devises ont atteint un niveau dangereusement bas, les finances ont été quelque peu soulagées par le Qatar, qui a accordé des prêts et subventions de 5 milliards de dollars (3,74 milliards d'euros) à l'Egypte.

Outre l'économie, les autres points d'achoppement ne manquent pas. Les militants égyptiens attendent par exemple que justice soit rendue aux victimes des violences politiques commises depuis deux ans. Or, peu a été fait pour réformer les agences chargées de la sécurité qui existaient sous l'ère Moubarak.

Les accidents de transport, sur les routes comme sur le rail, dont les voies pâtissent d'un manque d'entretien chronique, alimentent de plus la colère de la population.

Les Frères musulmans reconnaissent certes que bien des objectifs portés par la révolution sont en suspens et doivent encore être atteints. Mais ils considèrent que l'adoption d'une Constitution et l'élection du premier président civil du pays sont déjà de grandes avancées. (Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Jean-Loup Fiévet)

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