France-Valls veut légiférer sur le salaire des patrons

jeudi 19 mai 2016 10h01
 

PARIS, 19 mai (Reuters) - Le Premier ministre Manuel Valls a déclaré jeudi qu'il fallait "maintenant" légiférer sur les salaires des dirigeants des grandes entreprises, estimant que les engagements pris par le patronat sur la question n'avaient pas été tenus.

"Nous avons fait le choix dans un premier temps de mettre les entreprises face à leurs responsabilités, en l'occurrence le patronat. Force est de constater que cela n'a pas été respecté, donc maintenant il faut légiférer ", a-t-il dit sur RTL.

"Bien sûr", a-t-il répondu à la question de savoir s'il approuvait l'amendement adopté mercredi par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale visant à rendre obligatoire, dans le cadre d'un encadrement des rémunérations des patrons, le respect des votes des assemblées générales des actionnaires sur la question.

L'amendement a été déposé par le député Front de gauche Gaby Charroux en réaction à la décision du conseil d'administration de Renault de passer outre à un vote négatif des actionnaires du constructeur automobile sur le salaire du PDG Carlos Ghosn.

La loi Sapin 2 sur la transparence de la vie économique, que le Parlement s'apprête à examiner, devrait comporter un amendement identique que prévoit de déposer le rapporteur PS du texte, Sébastien Denaja, qui obligerait toute hausse de rémunération des patrons à être approuvée en assemblée générale.

François Hollande avait relancé le débat mardi dernier en souhaitant une telle procédure.

Libération publie jeudi un appel de 40 personnalités, parmi lesquelles le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger et celui de la CGT Philippe Martinez, ou encore Nicolas Hulot qui demande au gouvernement de légiférer pour qu'un patron ne perçoive pas plus de 100 Smic.

Manuel Valls a souligné la nécessité d'éviter les risques d'"inconstitutionnalité" en la matière, ajoutant : "Mais cet appel montre bien le chemin qu'il faut prendre."

"Il faut donner aux actionnaires davantage de pouvoir pour que ceux qui s'augmenteraient ces rémunérations puissent devant leurs actionnaires revenir sur ces décisions si c'est nécessaire", a-t-il encore dit.

"Dans le projet de société que je défends, bien sûr qu'il n'est pas immoral de bien gagner sa vie. Mais ce qui est immoral, ce sont ces rémunérations (...) de s'augmenter de cette manière sans se rendre compte des dégâts que cela peut représenter". (Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse)