LEAD 2-Rousseff en appelle à la Cour suprême avant le vote du Sénat

mardi 10 mai 2016 23h18
 

par Leonardo Goy et Silvio Cascione

BRASILIA, 10 mai (Reuters) - La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, s'est tournée mardi vers la Cour suprême pour tenter d'échapper à un vote de destitution, ultime tentative pour rester au pouvoir à la veille du scrutin prévu au Sénat sur son renvoi devant la justice.

L'avocat général de l'Etat du Brésil, Eduardo Cardozo, avocat de plus haut rang du gouvernement, a demandé à la Cour suprême d'annuler les procédures en destitution en cours contre la présidente.

Un plus tôt, Waldir Maranhao, président par intérim de la Chambre des députés brésiliens, était revenu mardi sur sa décision annoncée lundi d'annuler le vote du 17 avril des députés validant la procédure de destitution entamée à l'encontre de Dilma Rousseff, qui devrait donc suivre son cours et mener mercredi à sa suspension.

La décision annoncée lundi par Waldir Maranhao, invalidant celle des députés qui s'étaient prononcés en faveur de la destitution, avait fait plonger les marchés financiers et menaçait de provoquer une crise constitutionnelle que seule la Cour suprême aurait pu trancher.

Après son revirement, le real s'est nettement redressé mardi et la Bourse de Sao Paulo gagnait près de 2%. La veille, Waldir Maranhao avait fait état d'irrégularités pour justifier l'invalidation du vote du 17 avril.

L'accusant de "jouer avec la démocratie", Renan Calheiros, son homologue du Sénat, a annoncé que le vote prévu mercredi à la chambre haute serait maintenu.

Ce vote devrait, sauf surprise improbable, se solder par le renvoi devant la justice et la suspension immédiate de la présidente, soupçonnée d'avoir falsifié les comptes publics pour faciliter sa réélection en 2014.

Les partisans de Dilma Rousseff ont commencé à se mobiliser mardi à Sao Paulo et à Brasilia, où la circulation a été bloquée par endroits. Le Parti des travailleurs (PT), dont Dilma Rousseff est issue, et plusieurs syndicats ont appelé à une grève nationale pour protester contre ce qu'ils considèrent comme un "putsch" contre la démocratie.

Des opposants à la destitution de Rousseff ont brûlé des pneus et paralysé la circulation sur certaines artères de Sao Paulo, de Brasilia et d'autres villes.

"La présidente Dilma est résolue à défendre la Constitution parce qu'elle a été élue par le peuple, et elle en appellera au Sénat, à la Cour suprême et à la société brésilienne", a déclaré à la presse le ministre du Travail, Miguel Rossetto. (Silvio Cascione, Anthony Boadle et Lisandra Paraguassu; Pierre Sérisier, Jean-Philippe Lefief et Eric Faye pour le service français)