Les syndicats d'EDF défendent le report du projet Hinkley Point

mercredi 27 avril 2016 11h14
 

PARIS, 27 avril (Reuters) - L'intersyndicale CGT, CFE-CGC et FO d'EDF a défendu mercredi devant les députés sa demande d'un report de la décision du groupe d'investir dans la construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, en Angleterre, jugeant qu'un lancement rapide serait "destructeur".

EDF a annoncé vendredi un report de sa décision afin de consulter son comité central d'entreprise (CCE) mais le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a ensuite assuré que l'investissement dans ce projet controversé de 18 milliards de livres sterling (23 milliards d'euros environ) pourrait être confirmé en septembre.

"Consulter, c'est bien. Ecouter tous ceux qui, très nombreux, demandent un report du lancement de ce projet, c'est mieux. Nos trois organisations syndicales ne sauraient se satisfaire d'un décalage de deux ou trois mois (...)", a déclaré Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la CGT, lors d'une audition en commission à l'Assemblée nationale.

S'exprimant au nom de l'intersyndicale, Marie-Claire Cailletaud a jugé qu'un lancement "immédiat et précipité" serait "plus que destructeur" et a rappelé que les conditions du projet avaient changé, EDF devant notamment porter les deux tiers de l'investissement aujourd'hui contre 40% en 2013, ce qui "ferait exploser sa dette à 61 milliards d'euros".

La CGT, CFE-CGC et FO ont également redit leur souhait que le projet Hinkley Point ne soit pas lancé avant qu'EDF bénéficie du retour d'expérience des EPR en cours de construction en France (Flamanville) et en Chine (Taishan).

Défendant le décalage d'un feu vert à Hinkley Point au-delà de 2016, voire de trois ans, l'intersyndicale a assuré qu'elle continuait de "croire" au projet mais qu'il devait notamment reposer sur une véritable alliance industrielle franco-britannique et sur un modèle d'EPR "simplifié".

Marie-Claire Cailletaud a également souligné les difficultés croissantes du nucléaire français et le fait que le rachat de l'activité réacteurs d'Areva par EDF, élément clé de la relance de la filière, n'était toujours pas effectif.

Vincent Rodet, coordonnateur CFDT chez EDF, a pour sa part déclaré aux députés que son syndicat souhaitait l'examen des conséquences de trois scénarios: un lancement du projet dès le mois de septembre, un report de deux ou trois ans, et un abandon pur et simple.

La ministre de l'Energie Ségolène Royal a de son côté réaffirmé mercredi qu'elle attendait des "preuves complémentaires" du bien-fondé des investissements prévus par EDF, notamment à Hinkley Point, qui risquent selon elle de pénaliser les énergies renouvelables.

EDF a annoncé vendredi une série de mesures pour renforcer sa structure financière, dont une augmentation de capital de quatre milliards d'euros à laquelle l'Etat participera à hauteur de trois milliards, l'option d'un versement des dividendes en action pour 2016 et 2017, et un plan de cessions d'environ 10 milliards à l'horizon 2020.

En Bourse, l'action EDF s'adjuge 5,24% à 12,15 euros à 11h10, parmi les plus fortes hausses de l'indice SBF 120 (+0,16%). (Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez)