17 avril 2016 / 16:26 / il y a un an

RPT-AVANT-PAPIER -La BCE plus attendue sur ses paroles que ses actes

(Répétition sans changement d'une dépêche diffusée dimanche)

par Jonathan Cable

LONDRES, 18 avril (Reuters) - Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, devra une nouvelle fois recourir à la magie du verbe jeudi à l'issue d'un conseil des gouverneurs de l'institution dont il n'est attendu aucune décision mais qui se déroule sur fonds de critique de sa politique, notamment en Allemagne, et de hausse de l'euro.

La BCE a annoncé le mois dernier un nouveau train de mesures combinant des taux d'intérêt s'enfonçant un peu plus en territoire négatif à des opérations de refinancement à long terme ciblées en passant par une expansion de son programme de rachat d'actifs, dans le but de contrer des menaces persistantes de déflation.

Ces initiatives n'ont pas empêché une appréciation de l'euro qui risque de peser sur une reprise économique fragile et d'alimenter la faiblesse de l'inflation en déprimant les prix à l'importation.

Elles ont aussi suscité de vives critiques en Allemagne, où le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est publiquement inquiété des "problèmes exceptionnels" pour les banques et les retraités allemands liés à la politique de taux ultra-bas menée par la BCE.

"Draghi répondra aux récentes critiques allemandes sur la politique ultra-accommodante de la BCE lors de la réunion du 21 avril, en rappelant l'indépendance de la Banque et en soulignant que des soutiens supplémentaires sont toujours disponibles", a dit Jennifer McKeown de Capital Economics.

"Dans l'intervalle, le président Draghi continuera d'appeler les gouvernements à conduire des réformes à même de soutenir la croissance."

D'éventuels commentaires sur le taux de change de l'euro contre le dollar seront aussi particulièrement suivis par les investisseurs.

LE PÉTROLE RESTE DÉTERMINANT

La BCE n'est ni la seule, ni la première à avoir opté pour des taux d'intérêt négatifs afin de tenter de relancer l'inflation puisque le Japon, la Suède et la Suisse y ont aussi recours. Mais avec une croissance mondiale déjà faible et qui perd de l'élan en dépit de plusieurs années de politiques monétaires déjà très accommodantes, la relance budgétaire retrouve des faveurs.

Des centaines d'économistes interrogés par Reuters la semaine dernière ont estimé à une écrasante majorité que les pays développés devaient désormais recourir à l'arme budgétaire pour soutenir l'activité, comme l'a fait le Canada, plutôt qu'assouplir encore leur politique monétaire.

Le comité de pilotage du Fonds monétaire international (FMI) a appelé samedi les Etats membres de l'organisation à orienter leurs dépenses vers le soutien à la croissance et appelé le Fonds à envisager de nouveaux prêts à des pays confrontés à ralentissement de l'activité.

La faiblesse des prix du pétrole a pesé sur les niveaux et les anticipations d'inflation et si les prévisionnistes ont relevé leurs anticipations pour le cours du baril de brut cette année, ils ont mis en garde contre une possible rechute des prix à court terme.

L'Arabie saoudite a exigé dimanche que l'Iran s'associe à un accord global de gel de la production de brut, compromettant ainsi les chances d'un accord entre pays de l'Opep et grands producteurs extérieurs au cartel pour tenter de soutenir les cours.

Au lendemain de la réunion de la BCE, la publication des indices PMI "flash" pour le mois d'avril au sein de la zone euro fournira vendredi une nouvelle indication sur la solidité de la reprise au sein du bloc.

S'il est attendu que l'évolution de l'activité ait manqué d'allant ce mois-ci, l'attention se portera surtout sur la composante des prix à la production, considérée comme un indicateur avancé de l'évolution de l'inflation.

Les chiffres de prix à la production en Allemagne pour le mois de mars seront par ailleurs publiés mercredi.

"Nous ne pensons pas que les PMI d'avril annonceront un printemps de la reprise pour l'économie de la zone euro", a dit Christoph Weil, économiste à la Commerzbank. "En particulier l'inflation et les anticipations d'inflation restent anémiques."

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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