April 4, 2016 / 10:27 AM / a year ago

ECLAIRAGE-Orange/Bouygues: défiance, petits calculs et grandes manoeuvres

6 MINUTES DE LECTURE

* Nouvel échec des discussions sur un rachat de Bouygues Tel

* Coup d'arrêt dans la dernière ligne droite après 3 mois de négos

* Les exigences de Bercy jugées inacceptables par Bouygues-sces

* Une opération complexe impliquant 3 milliardaires et l'Etat

par Mathieu Rosemain et Sophie Sassard

PARIS/LONDRES, 4 avril (Reuters) - Lorsque le Premier ministre Manuel Valls a appelé Martin Bouygues jeudi pour tenter de sauver les négociations en vue d'un rachat de Bouygues Telecom par Orange, il était déjà trop tard.

Le puissant dirigeant du groupe de BTP, de construction et de médias avait déjà pris sa décision : il ne vendrait pas l'opérateur télécoms qu'il a créé en 1994 à l'ancien monopole.

Fin novembre pourtant, c'est Martin Bouygues qui est allé trouver le numéro un d'Orange Stéphane Richard pour discuter mariage, la troisième tentative en deux ans de réduire le nombre d'acteurs sur un marché français des télécoms éprouvé par la guerre des prix déclenchée par l'arrivée de Free (Iliad ) dans le mobile.

"C'est probablement en raison de ce premier pas qu'ils ont tous tenté de le dépecer", estime une source proche d'Orange, à l'intersection de l'ensemble des négociations qui ont aussi impliqué les opérateurs concurrents Free et SFR, candidats au rachat d'actifs de Bouygues Telecom, et l'Etat français, premier actionnaire d'Orange avec 23% du capital.

Candidate au rachat de SFR en 2014 avant de devenir la cible du même SFR un an plus tard, la filiale télécoms de Bouygues, déficitaire, était pour la première fois officiellement à vendre en 2016. Certains, dont le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, en ont conclu que Martin Bouygues était dos au mur, ont rapporté plusieurs sources.

La réunion qui s'est tenue le jeudi 24 mars au ministère de l'Economie entre le jeune ministre de 38 ans et le PDG milliardaire de 63 ans marquera une rupture dans les négociations entamées trois mois plus tôt.

La figure du CAC 40 s'est sentie humiliée par l'attitude et les exigences de l'ancien banquier d'affaires de Rothschild & Cie, ce même établissement qui accompagne Bouygues de longue date.

La Rupture

"Il y a eu un avant et un après", raconte l'une des sources.

L'échec de l'opération est un coup dur pour tous les opérateurs, dont les cours ont dévissé lundi matin en Bourse, effaçant l'équivalent de 10 milliards d'euros de capitalisation boursière en incluant Altice, la maison mère de SFR, soit l'équivalent du montant prévu pour l'opération.

Il s'agit aussi d'une opportunité manquée pour l'Etat français, soucieux de faire émerger un champion national des télécoms, capable de jouer un rôle actif dans la consolidation attendue du secteur en Europe.

"L'Etat a raté une belle occasion de construire une success story des télécoms en France", souligne un banquier.

Orange, Bouygues, SFR, Iliad et le ministère de l'Economie n'ont pas souhaité faire de commentaire.

Complexe, l'opération, dont le prix avait dès le départ été fixé à 10 milliards par Bouygues, aurait fait du conglomérat le deuxième actionnaire d'Orange après l'Etat.

Le gouvernement avait posé ses conditions : conserver ses trois sièges au conseil d'administration et une minorité de blocage en assemblée générale, ce que Bouygues avait accepté dès le début.

Mais Emmanuel Macron souhaitait aussi empêcher Bouygues d'augmenter sa participation pendant sept ans et l'obliger à renoncer à ses droits de vote doubles pendant dix ans, un chiffon rouge pour Martin Bouygues.

"C'est criminel d'imposer de telles conditions à Bouygues. Cela revient à le traiter comme un citoyen de seconde zone. N'importe quel raider étranger qui commencerait à acheter des actions Orange obtiendrait de meilleures conditions", estime un banquier.

Selon des sources, Emmanuel Macron et ses équipes craignaient un scénario à la "Vincent Bolloré" qui aurait vu Bouygues progressivement augmenter sa participation avant finalement de prendre le contrôle de l'ancien monopole, un actif jugé stratégique notamment parce qu'il opère des câbles sous-marins utilisés par le système français de surveillance.

Tensions

Le PDG d'Orange Stéphane Richard n'avait pourtant pas ménagé ses efforts, jouant les "casques bleus" dans un climat de défiance entre les dirigeants des autres opérateurs.

Dans les dix derniers jours, une quarantaine de personnes étaient réunies dans les locaux parisiens de l'avocat de Bouygues Jean-Michel Darrois.

Mais les tensions sont montées dans la dernière semaine, Bouygues s'agaçant aussi des demandes de dernière minute formulées par Xavier Niel et craignant pour l'avenir de sa filiale dans l'éventualité où l'Autorité de la concurrence détricoterait le partage prévu des actifs.

"Niel a fait des concessions mais seulement au dernier jour. Il a essayé d'obtenir tout ce qui était possible", a expliqué l'une des sources.

Bien que l'exécutif ait tenté de le ramener à la table des négociations, Martin Bouygues a signifié l'arrêt des discussions lors d'une ultime rencontre avec Stéphane Richard vendredi.

"Certains ont cru que je bluffais et que je négociais dos au mur. C'était stupide et même puéril de le penser", a expliqué le dirigeant du groupe familial dans un entretien au Figaro. (Avec Gwénaëlle Barzic et Michel Rose, édité par Jean-Michel Bélot)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below