CORR-LEAD 2-Brésil-Le banquier milliardaire Safra accusé de corruption

jeudi 31 mars 2016 23h04
 

(Correction pour dire que Safra est accusé et n'a pas été inculpé pour l'instant)

par Silvio Cascione et Guillermo Parra-Bernal

BRASILIA/SAO PAOLO, 31 mars (Reuters) - Joseph Safra, le banquier le plus riche du monde, a été mis en accusation jeudi dans le cadre d'une enquête sur une affaire de corruption de hauts fonctionnaires en échange de l'abandon d'arriérés d'impôts, a annoncé jeudi le parquet brésilien.

Dans un communiqué, les procureurs estiment que Joseph Safra était au courant qu'un plan orchestré par des dirigeants de sa banque, Banco Safra SA, visant à verser 15,3 millions de réals (3,8 millions d'euros) de pots-de-vin à des responsables du fisc en 2014. Le parquet s'appuie sur les écoutes téléphoniques entre un cadre de sa banque, João Inácio Puga, et des fonctionnaires des impôts.

Joseph Safra et sa famille contrôlent un vaste conglomérat bancaire et financier présent dans 19 pays dont Banco Safra SA n'est qu'une des branches. Le magazine Fortune estime sa fortune à 18 milliards de dollars (15,8 milliards d'euros).

Joseph Safra, principal actionnaire de Banco Safra, n'était pas directement impliqué dans les négociations sur le projet de corruption, explique le communiqué du parquet, mais les écoutes montrent que Puga le tenait informé de l'avancement des négociations, qui visaient à réduire de 1,8 milliard de réals (443 millions d'euros) la dette fiscale de la banque.

Dans un communiqué, la holding du groupe, Safra Group, déclare que ces allégations sont sans fondement. Elle affirme qu'il n'y a eu aucune "irrégularité par aucune des entreprises du groupe Safra".

Aucun représentant du groupe Safra "n'a offert de pot-de-vin à aucun responsable public", indique le groupe dans son communiqué.

Les accusations annoncées jeudi s'inscrivent dans le cadre d'une enquête plus vaste concernant des dessous-de-table versés par un certain nombre de sociétés, via des groupes de pression. Des dizaines d'autres sociétés brésiliennes, dont le sidérurgiste Gerdau, font également l'objet d'une enquête.

L'enquête cherche à déterminer si les compagnies ont cherché à corrompre des membres du Carf, un organisme au sein du ministère des Finances devant qui sont portés les différends en matière fiscale, de façon à obtenir des décisions favorables qui réduisent ou annulent des montants dus.

Outre cette affaire, le Brésil est aussi aux prises avec l'affaire de corruption autour de sa compagnie pétrolière Petrobras. (Marc Angrand et Danielle Rouquié pour le service français)