Le casse-tête obligataire du programme QQE de la BoJ

lundi 28 mars 2016 11h21
 

par Lisa Twaronite et Leika Kihara

TOKYO, 28 mars (Reuters) - En optant pour des taux négatifs, la Banque du Japon (BoJ) a transformé un marché obligataire assoupli en un lieu de haute volatilité où prévaut la règle du chacun pour soi, ce qui risque fort de compliquer sa propre lutte contre la déflation et pour la croissance.

Le marché des emprunt d'Etat japonais (JGB), qui représente dans les 9.000 milliards de dollars (8.057 milliards d'euros), était rien moins que paralysé depuis le lancement par la BoJ, voici trois ans, de son programme d'assouplissement monétaire.

Mais, dans les deux mois suivant l'annonce par la banque centrale d'un taux de dépôt négatif, les JGB sont devenus un actif fort instable, avec des rendements négatifs eux aussi qui mettent à mal toute tentative des investisseurs de trouver leur "fair value".

"Le marché des JGB est vraiment dans une bulle lorsqu'on les considère comme véhicule d'investissement", dit Takuji Okubo (Japan Macro Advisors). "Leurs cours se sont éloignés des fondamentaux; on n'a plus de moyen habituel de les valoriser".

L'institut d'émission peut en théorie se contenter d'attendre que sa montagne d'emprunts d'Etat arrive à échéance mais on a du mal à envisager qu'il reste passif aussi longtemps.

La position d'acheteur dominant de la BoJ sur ce marché aboutit à fausser son fonctionnement normal et à l'assécher, ce qui implique qu'elle risque d'avoir du mal à ralentir progressivement son mouvement d'achat lorsqu'elle aura choisi d'en finir avec son programme d'"assouplissement quantitatif et qualitatif" (QQE), et encore plus à tenter de revendre ses titres.

"Plutôt difficile pour la BoJ de nettoyer un bilan aussi énorme sans perturber le marché", résume une source au fait des habitudes de fonctionnement de la banque centrale.

Dans l'intervalle, racheter des obligations qui rendent moins que rien est source de pertes pour l'entité cotée de la BoJ ce qui en soi n'est pas un souci immédiat pour l'Etat mais qui n'en constitue pas moins un risque d'altération de la confiance envers la gardienne de la monnaie.   Suite...