Tension au Congo-Brazzaville à la veille de la présidentielle

samedi 19 mars 2016 23h24
 

BRAZZAVILLE, 19 mars (Reuters) - La tension a monté samedi au Congo-Brazzaville où le gouvernement a ordonné aux entreprises de téléphonie de suspendre leurs services pour des raisons de sécurité, à la veille de l'élection présidentielle pour laquelle le chef de l'Etat sortant, Denis Sassou-Nguesso, brigue un troisième mandat et fait figure de grand favori.

Plusieurs personnalités de l'opposition ont estimé samedi que la consigne donnée aux entreprises MTN Congo et Airtel Congo de suspendre les télécommunications perturberait le travail des observateurs du scrutin de dimanche.

"L'Etat veut qu'elles coupent les communications les 20 et 21 mars pour des raisons touchant à la sécurité et à la tranquillité publique", a-t-on dit à Reuters de source gouvernementale. MTN n'a fait aucune déclaration à ce sujet.

Le principal rival de Sassou Nguesso à la présidentielle, le général en retraite Jean-Marie Mokoko, a dit avoir été convoqué samedi au siège de la Sécurité d'Etat dans le cadre d'une enquête, mais avoir pu en ressortir libre.

Il a déclaré aux journalistes à son domicile de Brazzaville qu'il s'agissait de sa sixième convocation en un mois pour être interrogé sur une vidéo de 2007 qui a refait surface récemment, dans laquelle il semble parler de préparatifs d'un coup d'Etat.

L'intéressé assure qu'il n'y a pas eu de sérieux complot de putsch et que la question a été résolue il y a des années.

"C'est un abus de pouvoir(...). Peut-être vont-ils maintenant m'emmener de force. Qu'ils le fassent", a dit Mokoko à propos de l'attitude des services de sécurité.

Denis Sassou-Nguesso aura ce dimanche huit adversaires en face de lui, dont cinq ont conclu un accord de retrait au second tour en faveur du premier arrivé, au cas où le président sortant serait mis en ballottage.

A 72 ans, Denis Sassou-Nguesso a dirigé le Congo de 1979 à 1992, année où il a été battu à la présidentielle par Pascal Lissouba. Il est revenu au pouvoir cinq ans plus tard au terme d'une guerre civile et a remporté les scrutins présidentiels de 2002 et de 2009.

Ses partisans, qui veulent le reconduire pour cinq ans à la tête de l'Etat, affirment que grâce à lui le Congo-Brazzaville a pu retrouver la stabilité et développer ses infrastructures. "Il nous a apporté la paix. S'il s'en va, qui va terminer le travail ?", se demandent-ils.

Les adversaires du président sortant jugent pour leur part que la richesse pétrolière du pays n'a profité qu'à une petite élite. La moitié de la population totale du pays (4,5 millions d'habitants) vit dans la pauvreté. (Aaron Ross; Eric Faye pour le service français)