14 mars 2016 / 00:41 / dans 2 ans

Manifestations au Brésil pour la démission de Dilma Rousseff

(Actualisé avec nouveaux chiffres, détails)

par Daniel Flynn et Alonso Soto

RIO DE JANEIRO/BRASILIA, 14 mars (Reuters) - Des centaines de milliers de personnes ont défilé dimanche dans les grandes villes du Brésil pour exiger le départ de la présidente Dilma Rousseff, menacée par une procédure de destitution sur fond de scandales de corruption, de crise économique et d‘incertitude politique.

Ces manifestations, les plus importantes jamais dirigées contre Dilma Rousseff, sont le signe que les rassemblements anti-gouvernementaux reprennent de la vigueur sur fond d‘enquête pour faits de corruption impliquant des proches de la présidente brésilienne.

De Manaus, cité de la jungle amazonienne, jusqu‘à la capitale Brasilia en passant par le coeur du monde des affaires à Sao Paulo, des manifestants sont descendus dans les rues pour lancer un appel national à la démission de Dilma Rousseff.

Cette démonstration de force est susceptible de mettre la pression sur les parlementaires pour qu‘ils apportent leur soutien à une procédure de déstitution visant la présidente brésilienne, qui semblait encore vouée à l‘échec il y a quelques semaines.

Des estimations fournies par la police de plus de 150 villes, compilées par le site d‘informations G1, montrent que quelque trois millions de Brésiliens ont participé aux manifestations. Par le passé, certaines estimations de police se sont avérées exagérées.

L‘institut de sondage Datafolha a estimé à 500.000 le nombre de manifestants à Sao Paulo, ce qui en ferait le plus rassemblement populaire de l‘histoire de la ville et représenterait plus du double d‘une marche de protestation organisée il y a un an.

La police militaire, qui donne généralement des estimations plus élevées, a évalué à 1,4 million de personnes la taille de la manifestation lorsque cette dernière était à son pic.

Des sources gouvernementales ont dit à Reuters que les rassemblements pourraient avoir été plus importants que les manifestations antigouvernementales de mars 2015, qui avaient réuni plus d‘un million de personnes.

“Dilma dehors”, “assez de corruption”, proclamaient les banderoles brandies par les manifestants.

“Ce gouvernement ne peut plus rester en place. Ce n‘est pas une lutte entre les pauvres et les riches, c‘est un combat contre la corruption”, déclarait Andre Cerqueira, un ingénieur qui défilait à Rio de Janeiro.

EFFIGIE DE LULA

Bon nombre de Brésiliens reprochent à Dilma Rousseff d‘avoir fait plonger l‘économie du pays, la principale d‘Amérique latine, dans sa pire récession en 25 ans.

Des enquêtes d‘opinion montrent que plus de la moitié de la population est favorable à la destitution de la présidente, réélue en 2014 pour un second mandat de quatre ans.

Avant les manifestations de dimanche, la tension était montée d‘un cran au Brésil après que le prédécesseur de Dilma Rousseff, Luis Inacio Lula da Silva, a été mis en examen la semaine dernière dans le cadre d‘une enquête pour blanchiment d‘argent.

A Brasilia, les manifestants ont promené une effigie de l‘ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, mis en cause dans une affaire de blanchiment d‘argent, portant une tenue rayée de bagnard.

Devant la maison de Lula, dans la banlieue de Sao Paulo, des partisans du Parti des travailleurs (PT) et du gouvernement montaient la garde, brandissant des pancartes où on pouvait lire: “il n‘y aura pas de coup d‘Etat”.

Vendredi, Dilma Rousseff a affirmé qu‘il n‘y avait aucun motif légal de la pousser à démissionner. Elle a ajouté qu‘elle serait fière d‘avoir comme ministre dans son gouvernement l‘ancien président Lula.

Selon un sénateur du Parti des travailleurs au pouvoir, des pots-de-vin provenant de contrats surfacturés liés à la construction du barrage hydroélectrique de Belo Monte, en Amazonie, ont servi au financement des campagnes électorales 2010 et 2014 de Dilma Rousseff, rapporte le magazine IstoE.

Si le témoignage de Delcidio do Amaral est confirmé et considéré comme un élément de preuve, la crise politique menaçant d‘emporter Dilma Rousseff risque de s‘aggraver encore.

Comme lors de précédentes manifestations, les marches de dimanche ont surtout rassemblé les membres de la classe moyenne, exaspérés par les accusations de corruption dans l‘administration Rousseff.

Les Brésiliens plus modestes, la principale base électorale du Parti des travailleurs de Dilma Rousseff, ne se sont guère mobilisés pour les marches. Mais leur soutien à la présidente brésilienne s‘émousse dans un contexte de montée du chômage et de hausse de l‘inflation.

Voulant faire bonne figure lors de cette journée de manifestations dirigées contre elle, Dilma Rousseff a rencontré une poignée de ministres à son domicile à Brasilia, a dit un conseiller de la présidente.

Le bureau de presse de Dilma Rousseff s‘est félicité du caractère pacifique des manifestations, preuve selon lui de la maturité de la démocratie brésilienne. (Guy Kerivel, Jean-Stéphane Brosse et Benoît Van Overstraeten pour le service français)

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