13 mars 2016 / 12:48 / il y a un an

LEAD 2-Germanwings-L'hôpital psychiatrique avait été conseillé à Lubitz-BEA

* Aucun médecin n'avait signalé les problèmes du copilote

* Le BEA prône la rupture du secret médical dans certains cas

* Des mesures d'accompagnement pour les pilotes (Actualisé avec directeur du BEA)

par Tim Hepher

LE BOURGET, Seine-Saint-Denis, 13 mars (Reuters) - Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), qui a rendu dimanche son rapport final sur la catastrophe aérienne de la Germanwings le 24 mars 2015 dans les Alpes, a révélé qu'un médecin avait recommandé l'hospitalisation en psychiatrie du copilote à l'origine du crash deux semaines avant le drame.

Le BEA, qui confirme le scénario d'un accident volontaire de la part d'Andreas Lubitz, qui souffrait de "troubles mentaux avec symptômes psychotiques", formule onze recommandations, dont la possibilité de rompre le secret médical lorsque la santé d'un pilote "a de forts risques d'affecter la sécurité publique".

Il préconise un renforcement du contrôle psychologique et psychiatrique des pilotes "ayant des antécédents connus de maladie mentale" et des mesures d'accompagnement pour l'ensemble des pilotes dont le BEA souligne les "réticences à déclarer leurs problèmes de crainte des conséquences économiques et sociales d'une perte de licence."

Andreas Lubitz, 27 ans, aux prises avec de graves épisodes dépressifs qu'il avait cachés à son employeur, s'était enfermé dans le cockpit lors d'un vol Barcelone-Düsseldorf de la Germanwings et avait "intentionnellement réglé les consignes du pilote automatique pour commander une descente" de l'Airbus A320 jusqu'à la collision avec un massif des Alpes-de-Haute-Provence, entraînant avec lui 149 personnes dans la mort.

"En février 2015, un médecin privé a diagnostiqué que les problèmes de vue et de sommeil dont souffrait le copilote étaient liés à des troubles psychosomatiques et de l'anxiété et a renvoyé le copilote vers un psychothérapeute et un psychiatre", précise le rapport.

"Le 10 mars 2015, le même médecin a diagnostiqué une psychose possible et recommandé un traitement en hôpital psychiatrique", ajoute-t-il.

Selon l'information judiciaire pour "homicides involontaires" contre X ouverte en France en juin dernier, Andreas Lubitz avait vu 41 médecins en cinq ans, dont sept dans le mois précédant le crash.

AUCUN SIGNALEMENT

Aucun des professionnels de santé consultés par Andreas Lubitz, qui avaient pour certains prescrit antidépresseurs et somnifères, "n'a informé une autorité de l'aviation, ni aucune autre autorité, de l'état du pilote", soulignent les enquêteurs du BEA.

Plusieurs arrêts de travail avaient été délivrés, mais certains n'ont pas été transmis à la Germanwings.

En conséquence, le BEA juge que la possibilité pour "un médecin traitant de transmettre des informations médicales confidentielles sur un pilote quand il y a un risque pour la santé publique" permettrait de "réduire les risques".

"Il faut clarifier, préciser les cas dans lesquels le secret médical peut être brisé", a déclaré sur iTELE le directeur du BEA, Rémi Jouty, soulignant "le risque que les pilotes cachent leur état de santé".

Les spécialistes en médecine aérospatiale consultés par le BEA ont estimé que la mise en place d'évaluations psychiatriques approfondies de l'ensemble des pilotes "ne serait ni efficace ni rentable". "Cependant, il pourrait être utile d'évaluer régulièrement l'état de santé mental des pilotes ayant des antécédents connus de maladie mentale", relève le rapport.

Ces recommandations sont destinées à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à l'Association du transport aérien international (IATA), à la Commission européenne, à l'Agence européenne de sécurité aérienne (AESA), au ministère allemand des Transports et au conseil de l'Ordre des médecins allemand.

En juillet dernier, l'AESA avait notamment prôné une évaluation psychologique systématique des pilotes avant leur embauche.

Le BEA ne formule aucune recommandation sur les règles de présence dans les cockpits, qui sont désormais pourvus de portes anti-intrusion depuis les attentats du 11 septembre 2001. L'AESA recommandait qu'aucun pilote ne puisse être laissé dans la cabine de pilotage, mais à ce problème complexe, le BEA n'apporte pas de réponses catégoriques.

"Si on veut garder des protections contre des individus potentiellement malveillants qui pourraient se trouver en cabine, on ne peut pas en même temps faire en sorte que depuis la cabine on puisse rentrer dans le cockpit en cas de besoin", a estimé Rémi Jouty. (Sophie Louet et Danielle Rouquié pour le service français)

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