Obama opposé à des smartphones totalement impénétrables

samedi 12 mars 2016 08h05
 

AUSTIN, Texas, 12 mars (Reuters) - Barack Obama est intervenu vendredi dans le débat sur le chiffrement des données aux Etats-Unis en se prononçant contre la conception de smartphones totalement inaccessibles aux autorités.

S'exprimant lors du festival des nouvelles technologies South by Southwest à Austin, au Texas, le président américain s'est refusé à commenter le bras de fer judiciaire entre Apple et le FBI à propos de l'accès à l'iPhone d'un des auteurs de la tuerie de San Bernardino en décembre dernier.

Mais il a clairement défendu la nécessité de trouver un équilibre entre la défense des libertés individuelles et de la vie privée et les impératifs de sécurité.

"S'il est techniquement possible de fabriquer un appareil ou un système impénétrable, dans lequel le cryptage est si poussé qu'il n'existe aucune clé, aucune porte, alors comment faisons-nous pour appréhender un pédophile, comment faisons-nous pour déjouer ou empêcher un complot terroriste?" s'est interrogé Barack Obama.

"Quels mécanismes avons-nous à disposition pour des cas plus simples comme le recouvrement d'impôts parce que si (...) le gouvernement n'a aucun accès, alors tout le monde peut se promener avec un compte bancaire en Suisse dans sa poche."

Saisie par le FBI, la justice américaine a déposé le mois dernier un recours en vue d'obliger Apple à se plier à une injonction lui ordonnant d'aider la police fédérale à décrypter l'iPhone de Rizwan Farook, l'un des auteurs de la fusillade de San Bernardino qui a fait 14 morts le 2 décembre en Californie.

Le groupe de Cupertino s'y refuse et a reçu le soutien de ses pairs du secteur high tech comme Google, Facebook ou Microsoft.

Apple fait valoir que la requête du gouvernement créerait une "back door" (porte dérobée) dans les smartphones qui pourrait être exploitée de façon malveillante par les criminels ou par les autorités. Il ajoute que le Congrès n'a pas donné au département de la Justice l'autorité pour formuler une telle demande.

Barack Obama, qui ne s'était pas encore exprimé aussi longuement sur la polémique, a reconnu que le gouvernement américain alimentait la méfiance depuis les révélations d'Edward Snowden sur les programmes de surveillance de la NSA (National Security Agency) en 2013.

Mais il a souhaité l'élaboration d'un compromis entre liberté et sécurité en préconisant par exemple la mise au point d'une clé de sécurité accessible au "plus petit nombre de personnes possible" pour les questions les plus sensibles. (Jeff Mason; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)