March 10, 2016 / 8:19 PM / a year ago

Les achats de dette corporate par la BCE sans grand effet sur l'inflation

4 MINUTES DE LECTURE

par Francesco Canepa

FRANCFORT, 10 mars (Reuters) - La décision de la Banque centrale européenne d'étendre son programme d'achats d'actifs aux obligations d'entreprise constitue une bonne nouvelle pour les investisseurs mais risque de n'avoir que peu d'effet sur l'inflation, compte tenu de la petite taille de ce marché et de son lien ténu avec l'économie réelle.

La BCE, qui n'achetait jusqu'ici que des obligations émises par des gouvernements ou autres entités publiques, a fait savoir jeudi qu'elle rachèterait également des obligations d'entreprises privées à condition qu'elles soient notées en catégorie investissement et qu'elles émanent de sociétés non financières installées dans la zone euro.

Lors de sa conférence de presse mensuelle, le président de la BCE Mario Draghi a expliqué que cette mesure permettrait d'améliorer les conditions de financement dans l'économie réelle. De fait, les rendements des obligations corporate devraient s'en trouver diminués, ce qui encouragera les entreprises à emprunter sur le marché pour se financer.

Les rendements des obligations émises par les sociétés non financières de la zone euro ont, effectivement, baissé fortement jeudi.

Mais le marché pour ces titres est restreint et se limite pour l'essentiel à des grandes entreprises qui bénéficient depuis des années de conditions de financement favorables, notent des analystes.

La BCE n'a pas fourni aucune évaluation chiffrée sur ses achats à venir.

"On spécule sur quelque chose de l'ordre de cinq milliards d'euros par mois", note Tanguy Le Saout, responsable des obligations européennes chez Pioneer Investments.

Ce ne serait dans ce cas qu'une faible proportion du programme de rachat d'actifs de la BCE, qui a été porté jeudi à 80 milliards d'euros par mois, mais cela représenterait en revanche une part non négligeable du marché de la dette corporate.

Dans une note récente, les analystes de Barclays estimaient que les obligations d'entreprises non financières éventuellement éligibles aux critères de la BCE totalisaient 480 milliards d'euros, mais ils ajoutaient qu'une intervention de la banque centrale sur ce marché n'aurait qu'un effet modeste sur les conditions de crédit.

L'initiative permettra en revanche à la BCE d'élargir la palette des actifs qu'elle peut racheter, atténuant ainsi la crainte d'un épuisement de la ressource.

Elle conduira aussi probablement les investisseurs qui détiennent actuellement de la dette d'entreprise à se tourner vers des actifs plus rémunérateurs comme les actions.

Ce rééquilibrage de portefeuilles, comme l'appellent les banquiers centraux, a été le résultat le plus tangible des programmes d'assouplissement quantitatif mis en place par plusieurs grandes banques centrales depuis 2012, avec pour conséquence un bond des marchés boursiers durant trois ans.

Leur impact sur l'économie réelle est revanche resté limité : faute de perspectives de croissance, beaucoup d'entreprises ont préféré racheter leurs actions ou même laisser dormir leur trésorerie plutôt que d'investir.

"Est-ce que ce sera suffisant pour relancer l'inflation ? Je n'en suis pas si sûr", dit Philippe Gudin, économiste chez Barclays. "Ce n'est pas une solution miracle. L'inflation reste basse à cause de facteurs externes et parce que la reprise reste modeste."

L'inflation est actuellement autour de zéro dans la zone euro alors que la BCE a un objectif de moyen terme proche de 2%. Ses nouvelles projections macro-économiques publiées jeudi situent le taux d'inflation à seulement 1,6% à l'horizon de 2018.

En attendant, les investisseurs du marché corporate seront les vrais bénéficiaires des largesses de la banque centrale. "Cette demande va fortement soutenir les niveaux actuels de spread et les obligations corporate devraient surperformer leurs homologues souveraines", souligne Tanguy Le Saout. (avec Hélène Durand à Londres, Véronique Tison pour le service français)

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