France-La construction freine encore la croissance

jeudi 1 octobre 2015 22h00
 

* La croissance prévue révisée en baisse à 1,1% en 2015
    * La construction explique l'écart avec la zone euro
    * Pouvoir d'achat en hausse, chômage en voie de
stabilisation

    par Gregory Blachier
    PARIS, 1er octobre (Reuters) - L'atonie du secteur de la
construction pèse toujours sur la croissance de l'économie
française et constituera le principal facteur de son retard sur
les autres pays de la zone euro cette année, estime l'Insee.
    Dans sa notre trimestrielle de conjoncture publiée jeudi,
l'Institut a revu en légère baisse sa prévision pour 2015 à
1,1%, soit 0,1 point de moins que précédemment, du fait d'un 
"trou d'air" qu'il juge temporaire dans la production
industrielle au printemps et au début de l'été. 
    Son estimation pour le PIB français reste supérieure à celle
du gouvernement (1,0%). Mais elle se situe nettement en dessous
de ses attentes pour l'ensemble de la zone euro (+1,6% en 2015),
un décalage que l'Insee attribue au marasme de l'investissement
en logements.
    Alors que le pouvoir d'achat des ménages progresse, l'Insee
attend un repli de 3,9% de l'investissement en construction en
2015 après -3,3% en 2014. 
    "Le principal frein au décollage de l'activité en France
reste le secteur de la construction", a souligné Vladimir
Passeron, chef du département conjoncture de l'Insee.
    L'Institut estime ainsi à -0,4 point l'impact sur la
croissance du seul secteur qui voit encore son climat des
affaires se dégrader.
    Si les ventes de logements neufs ont progressé de 19,3% au
premier semestre selon la Fédération des promoteurs immobiliers,
l'accession à la propriété ne décolle pas. 
    "Les dépenses en logement des ménages, qui ont déjà reculé
de 25% depuis 2007, continueraient encore de baisser en seconde
partie de l'année", juge l'Insee, invoquant les délais dans ce
secteur où les signaux positifs se matérialisent tardivement.
    L'investissement des ménages, constitué pour sa quasi
totalité d'immobilier, est ainsi attendu en recul de 1,0% au
troisième trimestre puis 0,6% au quatrième, pour une évolution
de -4,5% sur l'année après -5,3% en 2014. Il se situe déjà à des
plus bas depuis 1998.
        
    CHÔMAGE STABILISÉ
    Pour le reste, "les vents favorables qui soufflent sont
encore bien présents", a dit Vladimir Passeron, rappelant que le
climat des affaires était en septembre à son plus haut niveau
depuis quatre ans.
    "Toutefois, l'activité progresse encore par à-coups et le
troisième trimestre pâtirait encore de la baisse, qui ne serait
que temporaire, de la production industrielle."
    Son "trou d'air" du printemps puis de juillet est imputé à
des facteurs calendaires ou temporaires (grèves et arrêts
techniques dans les raffineries) par l'Insee, qui prévoit une
évolution heurtée de cet indicateur : -0,2% au T3 puis +0,5% au
T4, après +1,2% et -0,7% aux T1 et T2.
    L'Insee a révisé en conséquence ses prévisions de croissance
trimestrielle à +0,2% pour le T3 et +0,4% au T4, contre +0,3% et
+0,4% en juin. 
    Cette croissance s'accompagnerait d'un léger mieux sur le
marché du travail, favorisé par le Crédit d'impôt compétitivité
emploi (CICE) et le pacte de responsabilité. 
    L'emploi marchand devrait continuer de se redresser au
second semestre (+25.000 postes). Avec les contrats aidés, un
total de 120.000 créations de postes sont attendues cette année,
assez pour absorber la hausse de la population active et
stabiliser en fin d'année le taux de chômage à 10,3% (DOM
inclus), son niveau du deuxième trimestre.
    La demande externe reste dynamique et les exportations
devraient accélérer nettement sur l'année (+6,5% après +2,4% en
2014) malgré un léger contrecoup des ventes importantes, au
deuxième trimestre, des secteurs naval et aéronautique.
    "Les facteurs de progression du premier semestre - reprise
chez nos partenaires et baisse de l'euro - seraient toujours
présents", a relevé Dorian Roucher, chef de la division synthèse
conjoncturelle.
    La demande intérieure reste portée par la consommation des
ménages, dont le pouvoir d'achat devrait progresser de 1,7% en
2015, sa plus forte hausse depuis huit ans, malgré une révision
de -0,2 point par rapport à la prévision de juin.
     Conséquence de la demande dynamique, l'investissement des
entreprises s'inscrit dans une tendance favorable.
    Le CICE, les baisses de charges et les cours du pétrole ont
permis de rétablir leurs marges et les enquêtes signalent une
plus grande propension à investir. Après une légère hausse au T2
(+0,3%), l'investissement devrait accélérer (+0,5% au T3, +0,6%
au T4) pour ressortir à +2,1% sur un an, après +0,3% en 2014.
        
    Principales prévisions de l'Insee (Variations en T/T-1 en %,
données CVS-CJO) :
        
                           2014   2014   2015  2015  2015  2015
                            T3     T4    T1     T2    T3    T4
                                                     (p)    (p)
 PIB                         0,3    0,1   0,7   0,0   0,2    0,4
 Importations                1,5    1,8   2,1   0,5   1,4    0,9
 Consommation des ménages    0,4    0,2   0,9   0,0   0,4    0,4
 Consommation des            0,5    0,5   0,4   0,4   0,4    0,4
 administrations                                           
 Investissement             -0,4   -0,3   0,0  -0,2   0,1    0,2
    - Entreprises *          0,3    0,0   0,6   0,3   0,5    0,6
    - Ménages               -1,1   -0,8  -1,2  -1,5  -1,0   -0,6
    - Administrations       -2,4   -0,7   0,2  -0,1   0,3   -0,2
 Exportations                1,1    2,9   1,5   2,0   0,7    1,2
 Contributions (en point                                        
 de PIB) :                                                 
    - Demande intérieure     0,3    0,2   0,6   0,1   0,3    0,3
    - Variation de stocks    0,2   -0,3   0,3  -0,5   0,1    0,0
    - Commerce extérieur    -0,2    0,3  -0,2   0,4  -0,2    0,1
 
    Les indicateurs français en temps réel        
    Les indicateurs de la zone euro en temps réel 
    Le point sur la conjoncture française         
    

 (édité par Yves Clarisse)