27 juillet 2015 / 11:05 / dans 2 ans

LEAD 1-Sans réforme, la zone euro est menacée de crises répétées-Coeuré

* Pour la BCE il faut remplacer la décision intergouvernementale

* Coeuré souhaite un processus de décision “partagé”

* Sans réforme, la zone euro se condamne à une croissance molle (Avec déclarations complémentaires)

PARIS, 27 juillet (Reuters) - Sans réforme en profondeur de son fonctionnement, la zone euro reste menacée de crises répétées et le risque d‘une sortie de l‘union monétaire sera difficile à conjurer, juge Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE).

Dans une interview publiée lundi par Le Monde, il estime que la gestion de la crise grecque a montré les limites du mode de gestion qui est jusqu‘ici celui de la zone euro.

Le 12 juillet, les 19 chefs d‘Etat et de gouvernement de l‘union monétaire “se sont enfermés pendant 17 heures pour débattre du détail des mesures attendues d‘un pays pesant moins de 2% du produit intérieur brut de la région”, rappelle-t-il.

Pour la première fois, la question du maintien d‘un Etat dans la zone euro a été posée clairement de façon politique.

Or, “le mécanisme de prise de décision au sein de l‘union monétaire fonctionne mal”, déplore Benoît Coeuré. “Il repose sur un principe intergouvernemental qui n‘est plus adapté.”

Une faille du système est que chacun des 19 dirigeants prend avant tout en compte son opinion publique. Cela rend probable que les compromis trouvés ne soient pas les plus pertinents.

Et quant il y a compromis, il résulte de négociations interminables qui alimentent une incertitude de très mauvais aloi pour les acteurs économiques. Les cinq mois de négociation sur la Grèce ont eu un coût économique et financier considérable, souligne le haut responsable de la BCE.

Pour Benoît Coeuré, il est urgent d‘adopter un processus de décision “partagée, fondé sur des votes et démocratiquement légitime”. Un appel qui rejoint celui de François Hollande.

Mais d‘autres pays et une partie des dirigeants français craignent que cela ce solde par une souveraineté réduite.

LE MAUVAIS “GÉNIE” DU “GREXIT”

Pour Benoît Coeuré, qui plaide notamment pour la création d‘un “ministère des Finances” de la zone euro afin de mettre en oeuvre les règles budgétaires communes, sous surveillance du Parlement européen, cela redonnera au contraire “de l‘espace au politique” et renforcera la confiance mutuelle.

“Une chose est sûre : si cette question n‘est pas abordée dès aujourd‘hui, l‘union monétaire sera confrontée au même type de crise de manière répétée”, ajoute-t-il. “Le génie de la sortie de la zone euro a été libéré par la crise grecque et ne rentrera pas facilement dans sa bouteille.”

Faute d‘un renforcement de la gouvernance de la zone euro, la tentation sera également très forte de faire jouer à la BCE un rôle qui n‘est pas le sien, comme dans la crise grecque.

“Que l‘on se tourne vers la banque centrale pour des questions appelant une réponse politique et non technique révèle une grave faille dans le fonctionnement institutionnel de la zone euro”, explique Benoît Coeuré. “Cette faille alimente des attentes excessives envers la BCE.”

Faute de réforme, la zone euro risque de se condamner à une croissance faible, prévient-il. Selon lui, les 19 doivent mettre en commun leurs ressources pour achever marché unique, libre circulation des travailleurs et marché commun des capitaux.

Renoncer à l‘intégration instaurerait un climat d‘incertitude permanente, néfaste à l‘investissement et à l‘emploi, sur l‘intégrité de l‘union économique et monétaire.

Benoît Coeuré invite aussi les pays membres à remédier au plus vite à leurs divergences de compétitivité et de performance économique, péché originel de la construction de l‘euro.

En attendant, la restructuration la dette grecque, qui ne fait “plus débat” dans la zone euro, doit être effectuée de façon à ce qu‘elle soit utile à l‘économie grecque, ajoute-t-il.

Elle doit, selon lui, être subordonnée à l‘application de mesures qui contribueront à renforcer l‘économie de la Grèce et à assurer la soutenabilité de ses finances publiques. (Yves Clarisse et Emmanuel Jarry)

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