19 juin 2015 / 16:38 / il y a 2 ans

Les Grecs amassent l'argent liquide de peur d'une crise bancaire

par George Georgiopoulos

ATHENES, 19 juin (Reuters) - Dans l‘agence Alpha Bank du centre d‘Athènes, l‘ambiance est calme, l‘activité n‘est pas plus importante qu‘à l‘ordinaire et rien ne suggère que la Grèce est menacée à brève échéance d‘une crise bancaire qui pourrait la conduire à sortir de la zone euro.

Mais Costas Alafouzos, l‘un des guichetiers de l‘établissement, explique que les clients sont nombreux à venir retirer leur argent, de peur de ne plus pouvoir le faire dans quelques jours.

“Ça ne se voit pas, il n‘y a pas de files d‘attentes, mais c‘est bien ce qui est en train de se passer. Les retraits ont augmenté, principalement en liquide, depuis une semaine”, dit-il.

L‘absence d‘avancée dans les discussions entre Athènes et ses créanciers ces derniers jours a nourri la crainte d‘un “accident”.

Et si le rythme des retraits aux guichets des banques s‘accélère, les autorités pourraient devoir mettre en place des mesures de contrôle des capitaux, ce qui limiterait le montant des retraits autorisés.

“Il est très possible que ce que nous espérons éviter se produise. Bien sûr, si c‘est le cas, la prochaine étape sera le chaos et la catastrophe”, dit Ioannis Simaresis, un économiste rencontré dans une file d‘attente devant un distributeur de billets.

Depuis plusieurs mois déjà, les banques grecques sont dépendantes des liquidités que leur fournit la banque centrale nationale dans le cadre de l‘ELA (“emergency liquidity assistance”), l‘un des mécanismes d‘assistance de la Banque centrale européenne (BCE).

30 MILLIARDS DE RETRAITS EN SEPT MOIS

Mais avec plus de quatre milliards d‘euros de retraits cette semaine, leurs réserves diminuent de plus en plus vite. Si le mouvement s‘amplifie, le système bancaire grec, déjà affaibli par six années de récession, pourrait atteindre un point de non-retour.

Au total, ce sont plus de 30 milliards d‘euros qui ont été retirés des comptes bancaires des ménages et des entreprises entre octobre et avril, ramenant le montant global des dépôts à son plus bas niveau depuis plus de dix ans.

Paradoxalement, ce mouvement a eu pour effet d‘inonder la société grecque de liquidités: la monnaie en circulation, mesurée dans le cadre de ce que les économistes dénomment la masse monétaire M0, a atteint 43,5 milliards d‘euros en avril, l‘équivalent d‘un quart du produit intérieur brut (PIB), contre un peu plus de 30 milliards en novembre.

Un tel niveau de liquidités en circulation montre à quel points le rôle des banques dans le financement des ménages et des entreprises a été réduit par la crise.

Depuis des mois en effet, le secteur financier subit un ralentissement de l‘activité de prêt.

“Une part importante de notre énergie est consacrée à limiter les dégâts, à faire face aux pressions sur les liquidités et aux prêts à risque”, dit un banquier sous le sceau de l‘anonymat.

La fédération grecque du commerce de détail estime qu‘environ 95% des demandes de crédit des entreprises sont rejetées par les banques, malgré des taux d‘intérêt quasi-nuls.

“Il est possible, si la situation revient à la normale, que les gens ramènent l‘argent dans les banques, ce qui améliorerait le solde des dépôts; ils ne voudront pas garder tout cet argent en liquide”, estime un autre banquier.

“A titre personnel, j‘ai déjà pris mes précautions”, dit Daphne Alexiou, une retraitée de 66 ans, qui se contente vendredi de retirer un faible montant en prévision du week-end.

avec Gina Kalovyrna et James Mackenzie; Marc Angrand pour le service français, édité par Patrick Vignal

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