4 juin 2015 / 14:24 / il y a 2 ans

SYNTHESE-Athènes reporte ses paiements, les négociations piétinent

* Athènes entend rembourser le FMI en une seule fois le 30 juin

* Une réunion envisagée vendredi annulée faute de compromis

* UE et FMI veulent une baisse des dépenses de retraite

* Leurs demandes outrepassent les “lignes rouges” d‘Athènes

* Un accord débloquerait près de 11 milliards d‘aides

par Jan Strupczewski et Renee Maltezou

BRUXELLES/ATHENES, 4 juin (Reuters) - La Grèce a annoncé jeudi au Fonds monétaire international qu‘elle reportait à la fin du mois un remboursement prévu vendredi, alors que les négociations avec l‘Union européenne et le Fonds monétaire international continuent d‘achopper sur la question politiquement sensible des retraites.

Le FMI a annoncé qu‘Athènes comptait regrouper en une seule échéance payable le 30 juin ses quatre remboursements dus ce mois-ci -- 1,6 milliard d‘euros au total --, repoussant ainsi le risque d‘une faillite imminente. (voir )

L‘étirement des négociations, qui pourraient encore se prolonger après cette initiative, fait craindre aux créanciers d‘Athènes qu‘une troisième extension du plan d‘aide ne s‘avère nécessaire, ont déclaré des responsables de la zone euro.

Les représentants des ministères des Finances de la zone euro en ont informé un représentant du gouvernement grec lors d‘une conférence téléphonique jeudi soir.

“Ils ont exprimé l‘inquiétude qu‘il puisse être nécessaire de recourir à une troisième extension du programme en cours”, a dit un responsable de la zone euro au fait de la discussion.

Le plan de 240 milliards d‘euros a été prolongé en février jusqu‘à la fin du mois de juin.

L‘UE et le FMI ont demandé au gouvernement d‘Alexis Tsipras de s‘engager à réduire les dépenses de retraite, à réformer le marché du travail et à poursuivre un programme de privatisations, a-t-on appris de sources proches des discussions.

Mais ces exigences vont au-delà des “lignes rouges” tracées par Athènes et Alexis Tsipras, qui avait accepté mercredi de transmettre une proposition de compromis dans la journée de jeudi, ne l‘a pas fait, a déclaré un responsable de l‘UE.

PAS DE NOUVELLE RÉUNION VENDREDI

En conséquence, une nouvelle réunion envisagée vendredi soir à Bruxelles en présence d‘Alexis Tsipras et peut-être de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, et de Christine Lagarde, la patronne du FMI, a été annulée.

“Il n‘y aura pas de réunion demain (vendredi). Les Grecs avaient accepté la nuit dernière d‘envoyer une proposition de compromis pour résoudre les points en suspens. Ils ne l‘ont pas fait. Il n‘est donc pas possible de se réunir demain”, a déclaré le responsable de l‘UE.

“Le regroupement des paiements n‘est pas bon signe, cela va être difficile à partir de maintenant”, a-t-il ajouté.

“Les négociations sont loin d‘être terminées”, a de son côté confié la chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse jeudi soir à Meselberg.

Les créanciers d‘Athènes espéraient avoir réalisé une avancée après avoir présenté leur projet à Alexis Tsipras mercredi, mais les négociations continuent d‘achopper sur la question des retraites, ont indiqué les responsables de la zone euro.

Pour tenter de convaincre le Premier ministre grec d‘accepter leur projet, l‘UE et le FMI s‘étaient engagés, en cas d‘accord, à débloquer 10,9 milliards d‘euros correspondant à des aides au secteur bancaire grec inutilisées et rendues au Fonds européen de stabilité financière (FESF). Cette enveloppe couvrirait les besoins de financement d‘Athènes jusqu‘à fin août, ont expliqué les sources.

Dans un document de cinq pages présenté à Alexis Tsipras, la Commission européenne et le FMI demandent à la Grèce une réduction des dépenses de retraite représentant 1% du PIB et la promesse de ne pas revenir sur les réformes votées, ont-elles précisé.

CE et FMI demandent aussi une augmentation de 1,8 milliard d‘euros (soit 1% du PIB) des recettes de TVA qui passerait par un relèvement du taux de taxation à 11% pour certains produits comme les médicaments et à 23% pour d‘autres, dont l‘électricité, ont-elles poursuivi.

TENIR OU PAS SES PROMESSES ÉLECTORALES

Les créanciers veulent aussi que la Grèce renonce à l‘allocation de solidarité sociale (EKAS) dont bénéficient une partie des retraités, ce qui permettrait d‘économiser 800 millions d‘euros d‘ici 2016.

S‘il acceptait cette condition, le gouvernement Tsipras violerait sa promesse d‘éviter toute baisse des pensions.

Les demandes des créanciers incluent aussi une augmentation des cotisations d‘assurance santé et une baisse des subventions publiques aux carburants.

Alexis Tsipras devrait en outre s‘engager à ne prendre aucune décision unilatérale qui reviendrait à augmenter les prestations sociales ou à augmenter le salaire minimum, donc à revenir sur des promesses faites pendant la campagne qui l‘a mené à la victoire aux législatives de janvier.

Les créanciers demandent également à Athènes de privatiser l‘opérateur du réseau électrique ADMIE, les ports du Pirée et de Thessalonique, l‘ancien complexe aéroportuaire d‘Hellenikon, la société de raffinage pétrolier Hellenic Petroleum et l‘opérateur de télécommunications OTE.

Syriza, le parti du Premier ministre, a déjà exprimé son opposition à la privatisation de plusieurs de ces entreprises.

Les propositions des créanciers n‘évoquent aucun allègement du fardeau de la dette publique grecque, ont dit les sources, un sujet dont les deux parties ont déjà expliqué qu‘il pourrait être abordé ultérieurement.

Pour le ministre français des finances, Michel Sapin, ”il y a des propositions claires sur la table et qui ont permis que les discussions s‘ouvrent dans de bonnes conditions. Maintenant, c‘est à la partie grecque de dire sur quoi elle souhaite éventuellement bouger.

“Si telle mesure paraît inacceptable à la partie grecque, elle peut y substituer une autre mesure, dans le cadre en particulier de ce qui concerne l‘avenir et le financement des retraites”, a-t-il ajouté en marge d‘une réunion de l‘Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (avec Holger Hansen à Berlin et Jean-Baptiste Vey à Paris, Marc Angrand et Tangi Salaün pour le service français, édité par Véronique Tison)

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