Résistance à la BCE sur le financement des banques grecques-sces

mercredi 18 février 2015 09h40
 

par John O'Donnell et Paul Carrel

FRANCFORT, 18 février (Reuters) - L'Allemagne n'est pas très favorable à ce que la Banque centrale européenne (BCE) poursuive la fourniture de liquidités d'urgence aux banques grecques, selon des sources au fait de la situation, une autre façon d'inciter la Grèce à solliciter la prolongation d'un programme d'aide en échange de réformes.

A l'issue de la rupture brutale des négociations entre Athènes et l'Eurogroupe lundi, le conseil des gouverneurs de la BCE doit déterminer ce mercredi jusqu'à quand il sera pertinent de soutenir le secteur bancaire grec, confronté à des diminution régulière des dépôts.

Même s'il est vraisemblable que la BCE n'abaissera pas le plafond du programme de fourniture de liquidités d'urgence (ELA) par la banque centrale grecque, tout refus de relever ledit plafond serait une mauvaise nouvelle pour les banques grecques qui ont presque entièrement utilisé l'enveloppe de 65 milliards d'euros dégagée jusqu'à présent.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann, qui ne veut pas voir ce mécanisme financer indirectement l'Etat grec, restera sans doute sur ses positions lors de la réunion de la BCE, croient savoir les sources.

D'autres gouverneurs expriment les mêmes réserves. Ils comptent bien insister sur le fait que les banques grecques ne doivent pas profiter de l'ELA pour augmenter leurs avoirs en bons du Trésor grec car cela reviendrait à un financement monétaire dissimulé et illicite de l'Etat.

A moins qu'Athènes accepte une prolongation du programme d'aide, maintenir le plafond de l'ELA risque de placer les banques grecques dans une situation telle qu'il faudrait peut-être instaurer un contrôle des changes qui empêcherait les déposants de retirer tout l'argent qu'ils souhaitent, expliquent les sources.

Un banquier grec a dit à Reuters que 500 millions d'euros environ avaient été retirés des comptes bancaires grecs jeudi et vendredi de la semaine dernière. Il y a eu un répit lundi mais les retraits ont repris mardi, a ajouté le banquier.

"La situation des banques empire de jour en jour", a dit un haut fonctionnaire européen. "En définitive, pour préserve le système bancaire, il faudra sans doute imposer un contrôle des changes".

On ne sait pas si la BCE publiera un communiqué après sa réunion de mercredi après-midi.

Quoi qu'il en soit, il paraît peu vraisemblable que la BCE mette le secteur bancaire grec le dos au mur. "Couper le robinet pour la Grèce aurait en soi des conséquences désastreuses", estime Ashoka Mody, un ex-responsable du FMI qui avait participé à la conception du plan d'aide pour l'Irlande. "Les menaces de la BCE sont vides; en fait elle n'a pas le choix. La BCE doit se demander comment stabiliser le système financier et non comment le saper". (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot)