February 13, 2015 / 4:18 PM / 2 years ago

Les fonds de pension coincés entre taux bas et longue vie

5 MINUTES DE LECTURE

par Jamie McGeever

LONDRES, 13 février (Reuters) - La baisse continue des rendements offerts par les obligations souveraines comme par celles des entreprises privées les mieux notées contraint les fonds de pension, qui se reposaient traditionnellement sur cette source de revenus pour faire face à leurs engagements, à prendre plus de risque.

Cet impératif est encore renforcé par l'allongement de l'espérance de vie, qui accroît leur passif au moment où la rémunération de leurs actifs est de plus en plus évanescente, quand elle n'est pas négative.

Soucieux de demeurer dans un univers obligataire qui leur est familier plutôt que d'investir en actions ou de se lancer dans les placements alternatifs, les fonds de pension se tournent prioritairement vers des titres moins liquides ou d'une moindre qualité de crédit mais plus rémunérateurs.

"Les conversations avec les clients sur le changement des mandats (de gestion) ont commencé il y a dix huit mois environ mais se sont accélérées au cours du dernier trimestre", a dit April LaRusse, spécialiste des produits obligataires chez Insight Investment, une société de gestion du groupe Bank of New York Mellon qui gère 363 milliards de livres (490 milliards d'euros) d'actifs.

"C'était une préoccupation des investisseurs depuis un moment déjà, mais les taux sont tellement bas que nous nous attendons à ce que ces conversations deviennent plus fréquentes."

Les actifs des fonds de pension représentaient 84% du produit intérieur brut mondial à la fin de l'année dernière contre 54% en 2008, selon le cabinet de conseil Towers Watson.

Course Au Rendement

Les fonds à cotisations définies ne représentaient que 38% d'un encours total de 42.000 milliards de dollars et ils devraient dépasser dans quelques années les fonds à prestations définies, qui ont l'obligation de verser une pension d'un montant fixé à l'avance. La course au rendement n'a donc pas de raison de ralentir.

Les problèmes soulevés par la faiblesse des rendements sont rendus encore plus aigus par l'effondrement des cours du pétrole, qui pousse l'inflation à la baisse et avec elle les taux obligataires, désormais en territoire négatifs dans plusieurs pays.

Environ 7.300 milliards d'obligations d'Etat et de bons du Trésor ont un rendement négatif dans le monde selon les calculs de Bank of America Merrill Lynch.

Toutes les obligations d'Etat allemandes jusqu'à une maturité de six ans et toutes celles de la Suisse jusqu'à une maturité de 10 ans ont des rendements négatifs. Même le rendement des obligations à 10 ans de Nestlé est brièvement passé en territoire négatif le mois dernier.

Changer un mandat de gestion ne se fait ni à la légère, ni rapidement. Le client doit discuter du nouveau mandat, décider des changements et valider les placements alternatifs avec le gestionnaire d'actifs, qui liquidera ensuite les positions existantes et mettra en oeuvre la nouvelle stratégie. Le processus peut prendre des mois, mais la pression ne cesse d'augmenter.

L'essor Des "dérivés De La Mort"

Selon des données publiées cette semaine, les fonds de pension du secteur privé britannique affichaient un déficit de 367,5 milliards de livres à fin janvier.

Le total des actifs sous gestion des 6.057 fonds suivis par le Pension Protection Fund atteignait 1.274 milliards de livres pour des engagements de 1.641 milliards. Plus de 5.000 fonds étaient en déficit, selon l'organisme.

La baisse des taux d'intérêt n'est pas le seul facteur à l'origine de l'augmentation de la valeur actuelle des engagements de retraite pour les sociétés qui alimentent des fonds de pensions pour leurs salariés.

L'allongement de la durée de vie pèse lourd lui aussi dans les déficits et donc sur les bénéfices des entreprises qui doivent les provisionner, explique Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management.

Les "dérivés de la mort" ou "death derivatives" permettent aux entreprises de se couvrir contre un allongement de la durée de la vie.

Ils peuvent être adossés à des obligations dont le coupon est indexé sur l'évolution des tables de mortalité ou "longevity bonds". Une première opération de ce type avait été initiée par Deutsche Bank, à hauteur de 12 milliards d'euros.

"La récente mise à jour des tables de mortalité américaines, en octobre 2014, indique que le recours à ces mécanismes pourrait croître significativement", prévient Bernard Aybran. (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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