Wall Street--L'emploi robuste ne profite pas aux small caps

dimanche 8 février 2015 18h29
 

par David Randall
    NEW YORK, 8 février (Reuters) - Les bonnes nouvelles
annoncées vendredi sur le front de l'emploi sont déjà intégrées
dans les cours des valeurs moyennes à Wall Street, à en croire
leurs valorisations.
    Pourtant, ces entreprises ayant en commun de réaliser la
quasi totalité de leur activité sur le sol américain devraient
être favorisées à la fois par la croissance robuste de la
première économie mondiale et par le dollar fort, qui pénalise
les exportations.
    Mais leur indice, le Russell 2000, a gagné moins de
1% depuis le début de l'année, une performance du même ordre que
le Standard & Poor's 500 qui est l'indice de référence de
Wall Street.
    C'est que leur valorisation d'ensemble est bien élevée au
regard des moyennes historiques, expliquent analystes et
gérants, même après avoir nettement sous-performé les
capitalisations plus importantes en 2014.
    "Les 'small caps' devraient être avantagées dans ce contexte
économique favorable, mais les investisseurs le savent trop
bien", commente Phil Orlando, stratège actions chez Federated
Investors à New York.
    Les sociétés du Russell 2000 se paient cher comparativement
aux moyennes historiques, écrit Steven DeSanctis, analyste chez
Bank of America Merrill Lynch, dans une note datée du 3 février.
    L'indice affiche un ratio prix/résultats estimés de 22,7,
soit 40% de plus que sa moyenne de long terme de 16,2.
    Du fait de ces valorisations élevées, le Russell 2000 n'a
pris que 11,9% sur les 12 mois écoulés, à comparer à un gain de
16,7% pour le S&P-500.
    Malgré tout, les gérants "multi-caps" ont augmenté de 10% la
part des petites valeurs dans leur portefeuille durant cette
période, selon les données de Morningstar.
    Steven Raineri, principal gérant du fonds Franklin All-Cap
Value, a augmenté de 25% la part des small caps dans
son portefeuille, en se basant sur l'amélioration du marché
immobilier et de la confiance des ménages.
    "On sélectionne des valeurs qu'on apprécie et dont les prix
sont à des niveaux qui nous conviennent", dit-il.
    Parmi ces pépites figurent Gibraltar Industries et
Griffon, des fabricants d'équipements - boîtes aux
lettres intégrées ou portes de garage, par exemple - entrant
dans la construction d'habitations et, donc, sensibles à la
courbe des mises en chantier. Tous deux réalisent 70% ou plus de
leur chiffre d'affaires aux Etats-Unis, selon Thomson Reuters.
    Sur les cinq dernières années, 81,3% du chiffre d'affaires
cumulé des sociétés du Russell 2000 a été réalisé aux
Etats-Unis, à comparer à une proportion de 64,3% pour les
entreprises du S&P, selon l'étude de Bank of America Merrill
Lynch.
    Le département du Commerce a fait état vendredi de 257.000
créations d'emplois en janvier, un chiffre bien supérieur aux
attentes des économistes. 
    Wall Street devra encore attendre la journée de vendredi
pour prendre connaissance de la principale statistique de la
semaine, à savoir les ventes au détail qui renseigneront sur la
consommation des ménages. Elles sont prévues en repli de 0,5%,
après déjà une baisse de 0,9% en décembre.
    Pour Steven Raineri, les "small caps" sont plus sensibles à
la conjoncture américaine mais ne sont pas pour autant
immunisées face à la vigueur du dollar, qui s'est encore
apprécié de 1% vendredi en réaction aux chiffres de l'emploi.
    Une hausse trop forte du billet vert témoignerait d'une
fuite vers la qualité des investisseurs, aux dépens des small
caps et autres actifs à risque. "Si le dollar monte trop fort
trop vite, cela sera perçu comme un signe d'affaiblissement de
l'économie mondiale", dit-il.   

 (avec Chuck Mikolajczak, Véronique Tison pour le service
français)