1 novembre 2014 / 03:48 / dans 3 ans

LEAD 2-Burkina Faso-Le lieutenant-colonel Zida a pris le pouvoir

* Cet officier dit vouloir diriger une transition démocratique

* Le général Traoré avait auparavant dit assurer l‘intérim

* On ignore où se trouve le président déchu Blaise Compaoré (Actualisé avec précisions, citations)

par Mathieu Bonkougou

OUAGADOUGOU, 1er novembre (Reuters) - Un officier de la garde présidentielle du Burkina Faso a annoncé samedi avoir pris le pouvoir et promis une “transition démocratique apaisée” en laissant entendre qu‘il avait organisé un putsch contre le chef d‘état-major de l‘armée au lendemain de la démission du président Blaise Compaoré.

Ce dernier, en poste depuis 27 ans, a annoncé sa démission vendredi après deux journées de manifestations de masse dans les rues de la capitale, Ouagadougou, contre le projet de modification de la constitution qui devait lui permettre de se maintenir à la tête du pays.

Au moins trois personnes ont été tuées après l‘entrée de manifestants dans le bâtiment du parlement.

Le chef d‘état-major de l‘armée, le général Honoré Traoré, un proche de Blaise Compaoré, a annoncé vendredi assumer l‘intérim de la présidence mais son arrivée au pouvoir a été contestée par les manifestants et par un certain nombre d‘officiers de l‘armée.

Des échanges de tirs nourris ont été entendus près du palais présidentiel aux premières heures de la journée de samedi et peu après, le lieutenant-colonel Zida a annoncé à la radio qu‘il avait pris le pouvoir.

“J‘assume désormais, à partir d‘aujourd‘hui, les responsabilités de chef de cette transition et de chef de l‘Etat pour assurer la continuité de l‘Etat”, a-t-il dit dans une allocution prononcée, en uniforme, dans un studio de la chaîne de télévision BF1.

“Je salue la mémoire des martyrs de cette insurrection et m‘incline devant les sacrifices consentis par notre peuple”, a-t-il ajouté.

Isaac Zida a expliqué que l‘armée était intervenue “pour éviter que s‘installe l‘anarchie” et “amorcer un processus de transition démocratique”. Il a assuré que l‘ensemble des partis politiques et des organisations de la société civile y seraient associés.

Il a également demandé la “compréhension” et le soutien de la communauté internationale et en particulier de l‘Union africaine et de la Cédéao, la Communauté économique des Etats d‘Afrique de l‘Ouest.

ZIDA PARLE DE “SOULÈVEMENT POPULAIRE”

“Il ne s‘agit pas un coup d‘Etat mais d‘un soulèvement populaire”, a-t-il dit à Reuters après son allocution. “Le peuple a des espoirs et des attentes et nous pensons les avoir compris.”

C‘est la septième fois qu‘un officier de l‘armée prend le pouvoir depuis l‘indépendance en 1960 de cette ex-colonie française.

Des troupes fidèles à Isaac Zida ont été déployées à des endroits stratégiques de Ouagadougou pour veiller au respect du couvre-feu, en vigueur de 19h00 GMT à 6h00 GMT. L‘aéroport de la capitale et les frontières terrestres ont été fermées sur ordre du nouveau chef de l‘Etat, a précisé l‘armée.

On ignorait dans l‘immédiat où se trouvait Honoré Traoré mais Isaac Zida a déclaré être en contact avec plusieurs autres officier supérieurs de l‘armée et ajouté que l‘annonce par le général Traoré de son accession à la présidence à titre provisoire était nulle et non avenue.

Le chef d‘état-major de l‘armée n‘a pas été vu en public depuis la conférence de presse qu‘il a tenue peu après la démission de Blaise Compaoré.

Isaac Zida a refusé de dire où se trouvait ce dernier, déclarant simplement qu‘il était “en lieu sûr”.

Un convoi lourdement armé dans lequel pourrait s‘être trouvé le président déchu a été vu vendredi se dirigeant vers la ville de Pô, dans le sud du pays, proche de la frontière ghanéenne et où se trouve une importante base de l‘armée, ont rapporté des sources diplomatiques et des médias locaux.

L‘annonce du départ de Blaise Compaoré a déclenché des scènes de liesse parmi la foule immense rassemblée dans les rues de Ouagadougou vendredi, où les manifestants étaient encore plus nombreux que les jours précédents, certainement des centaines de milliers, selon un journaliste de Reuters.

La moitié des 17 millions d‘habitants du Burkina Faso a moins de 25 ans et n‘a donc connu aucun autre président que Blaise Compaoré, lui-même ancien officier de l‘armée, parvenu au pouvoir à la faveur d‘un coup d‘Etat en 1987. (avec Daniel Flynn,; Agathe Machecourt et Marc Angrand pour le service français)

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