12 avril 2013 / 19:29 / il y a 4 ans

Etat-providence et austérité, défi de la gauche européenne

par Balazs Koranyi

COPENHAGUE, 12 avril (Reuters) - Les partis de gauche européens, abîmés par des défaites électorales ou en panne de crédibilité, doivent accepter l'austérité mais tenir bon sur la défense de l'Etat-providence, ont estimé vendredi plusieurs de leurs principaux dirigeants réunis à Copenhague.

Responsables et intellectuels de la gauche européenne, rassemblés à l'initiative du Progressive Governance Network, ont noté qu'on ne pourrait faire l'économie de coupes dans la dépense publique, mais qu'il fallait concentrer l'effort collectif sur les catégories sociales et les secteurs d'activité qui sont le plus dans le besoin.

"Il est absolument juste que le centre gauche ne renonce pas à son engagement d'apporter un soutien compassionnel à ceux qui sont le plus nécessiteux", a dit Ed Miliband, chef de file du Parti travailliste britannique.

"La discipline budgétaire n'est qu'un moyen, pas une fin, la fin, c'est de parvenir à une société de l'égalité où chacun ait sa chance dans le cadre d'un Etat-providence", a noté la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt.

Créé en 1999 à un moment où, de Tony Blair à Gerhard Schröder et Lionel Jospin, la gauche modérée était au pouvoir dans les grands pays européens, ce réseau des partis progressistes de gouvernement se retrouve aujourd'hui dans une situation où nombre de partis de gauche ont été rejetés dans l'opposition depuis que la crise financière de 2008 a évolué en crise de la dette souveraine dans la zone euro.

En Grèce, en Espagne, au Portugal, des alternances politiques ont ramené la droite au gouvernement. La France fait figure d'exception depuis l'élection, il y a onze mois de François Hollande à l'Elysée.

Mais l'impopularité du président français atteint des proportions jamais vues sous la Ve République, et l'affaire Cahuzac et ses répercussions sont venues s'ajouter à la crise économique et sociale.

"Les socialistes français sont arrivés au pouvoir sur l'impopularité de Nicolas Sarkozy mais ont besoin d'un programme de gouvernement", a jugé Peter Mandelson, ancien ministre britannique et ex-commissaire européen.

Mandelson voit dans les difficultés des socialistes français la nécessité pour la gauche de réformer les anciennes idéologies et de développer une approche politique pratique. "Les commentateurs diraient qu'il est préférable de se doter d'un programme de gouvernement avant d'arriver au pouvoir", a-t-il résumé.

"IL N'Y PAS D'ISSUE, IL N'Y A PAS D'ESPOIR"

Avec plus de 26 millions de chômeurs dans l'Europe des Vingt-Sept, le système de l'Etat-providence est soumis à de fortes tensions. Dans certains pays, il a déjà subi de profonds coups de rabot.

En moyenne, les dépenses sociales, en proportion du PIB, sont cependant supérieures d'au moins 6% à ce qu'elles étaient en 2007 dans les 34 pays de l'OCDE, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques.

En Espagne et en Grèce, les socialistes du PSOE et du Pasok, parce qu'ils ont mis en oeuvre des politiques d'austérité (réduction des allocations chômage, relèvement de l'âge légal de départ à la retraite) ont été sévèrement punis par les urnes.

En novembre 2011, les socialistes espagnols ont subi la plus grosse défaite de leur histoire avec moins de 30% des voix, à près de quinze points du Parti populaire (droite). En juin 2012, le Pasok grec a plongé à 12% des voix, largement distancé sur sa gauche par la Coalition de la gauche radicale Syriza, à près de 27% des voix.

Parfois associées à des politiques d'austérité, parfois en difficulté pour convaincre qu'elles sont porteuses de politiques crédibles, les formations européennes de la gauche modérée, ou de gouvernement, voient une partie de leurs électeurs se détourner d'elles, attirés par des partis plus marqués à gauche (Syriza en Grèce, Front de gauche en France) ou des partis eurosceptiques à l'extrême droite.

Pour les intervenants de la conférence de Copenhague, la gauche doit s'attaquer à des problèmes lourds, comme la réforme des retraites ou de l'immigration, et concentrer les dépenses sur l'éducation, l'innovation et la création d'emplois.

Mais la tâche est rude. "Il n'y a pas d'issue, il n'y a pas d'espoir", affirme même la Grecque Anna Diamantopoulou, ancienne ministre socialiste de l'Education. "Nous n'avons pas un programme que nous pourrions montrer et qui nous permettrait de dire que oui, dans trois ans, nous ferons ceci, que oui, cela sera très douloureux mais qu'à la fin de la cinquième année, les choses changeront et que ça ira mieux." (Henri-Pierre André pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below