La pénurie de carburant s'aggrave en Egypte

mercredi 13 février 2013 15h41
 

* Réunion de crise autour du président Morsi

* Report du rationnement des carburants subventionnés

* Les réserves de change à un très bas niveau

par Paul Taylor et Yasmine Saleh

LE CAIRE, 13 février (Reuters) - Le fioul domestique et autres carburants subventionnés se font rares en Egypte et les files d'attente s'allongent dans les stations-service après la décision du gouvernement de réduire des aides à la consommation qui coûtent très cher à l'Etat.

Les Egyptiens disent avoir besoin du précieux "Solar", un carburant subventionné très populaire, mais le gouvernement a promis au Fonds monétaire international de réduire les subventions qui pèsent trop lourd sur le budget de l'Etat.

Ce n'est qu'à cette condition que l'Egypte obtiendra le prêt de 4,8 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros) dont son économie a besoin.

La situation semble au bord de la rupture avec des pénuries croissantes, des subventions intenables et des réserves de changes en voie d'épuisement.

Elles sont tombées à moins de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros), ce qui représente moins de trois mois d'importations, malgré des contributions en provenance du Qatar et de Turquie. La livre égyptienne a perdu 8% en un an.

La réserve stratégique du pays en gasoil ne représente plus que trois jours d'approvisionnement, a dit la semaine dernière un responsable du gouvernement selon l'agence de presse Mena.

SUBVENTIONS INTENABLES

Deux mesures ont aggravé le problème.

En décembre, les subventions pour l'essence à indice d'octane 95 utilisée par les Egyptiens les plus aisés ont été supprimées. Cela a conduit une partie des automobilites à acheter de l'essence à indice moindre, ce qui a fait monter la demande pour l'essence à indice d'octane 92, subventionnée.

Ensuite, pour faire baisser les vols et autres trafics, le gouvernement a restreint la distribution de gasoil très fortement subventionné utilisé par les camions, les tracteurs et les autobus aux stations-service gérées par l'armée.

Cela a allongé les files d'attente à la pompe et accru les perturbations économiques. Dans plusieurs stations-service, les consommateurs en sont venus aux mains, a rapporté la presse.

La situation est si grave que le président Mohamed Morsi a tenu une réunion d'urgence mardi soir à ce sujet et a demandé au ministre de l'Energie d'assurer d'une offre suffisante, selon le porte-parole de la présidence, Yasser Ali.

"La pénurie de carburant est un symptôme des tensions sur le système égyptien des subventions, qui est intenable", estime Simon Kitchen, économiste chez EFG-Hermes au Caire.

Selon le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, Osama Kamal, les subventions du Solar, vendu 1,25 livre le litre (14 centimes d'euro) à la pompe, coûte à l'Etat égyptien 32 millions de dollars (24 millions d'euros) par jour.

"Il n'y a pas de pénurie", a déclaré Osama Kamal. "Il y a une crise de la distribution du Solar, pas de sa disponibilité."

MARCHÉ NOIR

Au total, les subventions sur les produits énergétiques représenteront 120 milliards de livres (13 milliards d'euros) pour l'année fiscale qui se termine fin juin, contre 115 milliards de livres l'année précédente, a ajouté le ministre. Elles représentent la quasi-totalité du déficit budgétaire, prévu à 135 milliards de livres.

"Il y a encore des ressources financières pour les importations, mais elles doivent être réservées aux priorités les plus importantes", a déclaré le ministre.

Avant la réunion d'urgence, le gouvernement avait dû annoncer le report de trois mois du système de rationnement qu'il avait prévu de mettre en place à partir d'avril pour le carburant subventionné. Les élections législatives sont justement prévues en avril.

En supprimant le carburant subventionné pour les bateaux utilisés par les touristes, le gouvernement donne un nouveau coup au tourisme, déjà touché par les troubles politiques, estime Khaled el Manaoui, de l'association des Agences de voyage.

Le quotidien Al Ahram cite des automobilistes qui se plaignent de l'émergence d'un marché noir où le litre de diesel est vendu le double du prix normal. (Avec Asma Alcharif et Tom Perry, Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser)