Thales-Le PDG dément tout blocage social dans son groupe

mercredi 5 décembre 2012 13h11
 

* Parler de blocage social est "outrancier" - PDG

* Le refus des syndicats de le rencontrer est une "péripétie"

* Le PDG de Dassault a évoqué un "changement de gouvernance"

PARIS, 5 décembre (Reuters) - Le PDG de Thales Luc Vigneron a démenti mercredi tout blocage social dans son groupe, alors que la rupture du dialogue avec les syndicats l'a mis en position délicate vis-à-vis de ses deux principaux actionnaires, l'Etat et Dassault Aviation.

De sources proches du dossier, le remplacement de Luc Vigneron est probable, face à la fronde des syndicats et son récent "lâchage" par l'Etat et Dassault Aviation, qui détiennent respectivement 27% et 26% de Thales.

Le PDG de Dassault Aviation a évoqué pour la première fois publiquement mardi un "éventuel changement de gouvernance" au sein du groupe d'aéronautique, de défense et sécurité. (Voir )

La réorganisation en profondeur de la direction menée par Luc Vigneron fin juillet a scellé la rupture entre les syndicats et le PDG. A cette occasion, Patrick Fournié, le directeur des opérations, a vu la direction des ressources humaines ajoutée à ses attributions.

"Personnellement, je ne vois pas de blocage social. C'est un propos qui est tout simplement outrancier", a dit Luc Vigneron devant la commission de défense de l'Assemblée nationale.

Déjà ulcérés par des cessions d'activités et un plan d'économies mené au pas de charge, les syndicats ont depuis refusé toute rencontre avec Luc Vigneron.

"C'est vraiment une péripétie qui n'a rien d'extraordinaire dans une maison qui se transforme", a-t-il estimé.

Luc Vigneron s'exprimait lors d'une audition devant la commission de défense de l'Assemblée nationale sur la préparation d'un nouveau Livre blanc qui doit fixer les priorités de la politique de défense de la France dans les années à venir.

RÉUNIONS AVEC LA DRH

Le PDG de Thales a souligné que les organisations syndicales continuaient à négocier avec la direction des ressources humaines. Sept réunions se sont succédées en octobre et novembre, notamment sur des accords dans le domaine de l'anticipation de l'emploi qui sont prêts à être signés, a-t-il précisé.

"Le groupe Thales ne ferme pas d'usines en France, ne conduit pas de plan de licenciements en France, a une politique salariale dans la moyenne de son secteur industriel en France", a souligné Luc Vigneron.

"Les partenaires sociaux sont bien entendu libres dans le jeu d'une négociation avec une direction générale d'utiliser toutes les armes", a-t-il ajouté. "Cela ne va pas au-delà".

A moins dix jours du conseil d'administration de Thales prévu le 13 décembre, l'intersyndicale (CFDT, CGT, CFE-CGC), qui a multiplié les contacts avec le gouvernement, a réclamé une nouvelle fois lundi la tête du PDG de Thales.

"Le groupe ne peut rester longtemps dans une situation où le corps social est totalement déstabilisé, le PDG isolé voire décrédibilisé, cela dans un contexte mouvant tant sur les marchés que dans l'organisation de l'industrie de défense", dénoncent les trois syndicats dans un communiqué commun.

Nommé début 2009 pour redresser Thales, Luc Vigneron a essuyé en septembre un désaveu d'Olivier Bourges, représentant de l'Agence des participations de l'Etat (APE), et de Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation, lors d'un conseil d'administration, selon des sources proches du dossier.

Le quotidien Les Echos a fait état fin octobre de l'existence d'un "pacte" conclu en septembre par l'Etat et l'avionneur, en vue de trouver un successeur à Luc Vigneron.

Selon Les Echos, Reynald Seznec, ex-PDG de Thales Alenia Space, nommé fin juillet à la tête de l'une des deux zones géographiques du groupe, est le candidat favori de Dassault Aviation. Son nom s'ajoute à une liste de candidats en interne, comme celui de Pascale Sourisse, promue fin juillet à la tête de l'autre zone géographique.

Antoine Bouvier, PDG du fabricant de missiles MBDA, coentreprise entre EADS, le britannique BAE Systems et l'italien Finmeccanica, et Jean-Bernard Lévy, l'ex-président du directoire et de Vivendi, ont également été pressentis, selon la presse.

L'action Thales cède 0,11% à 27,72 euros vers 12h45, donnant une capitalisation de 5,6 milliards. Elle a regagné 13,6% depuis le début de l'année, en ligne avec le CAC 40. (Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot)