30 novembre 2016 / 14:52 / il y a un an

ENQUÊTE -Les gérants restent sur l'obligataire avec l'incertitude politique

* La pondération des obligations portée à 40,7%

* Celles des actions japonaises au plus haut depuis avril à 18,2%

* Deux hausses de taux de la Fed attendues en 2017

* Données de l‘enquête : reuters://realtime/verb=Open/url=cpurl://apps.cp./Apps/asset-allocation-polls

par Claire Milhench

LONDRES, 30 novembre (Reuters) - Les gérants de fonds diversifiés ont augmenté leur exposition à l‘obligataire et maintenu la part des liquidités à un niveau élevé dans leurs portefeuilles au mois de novembre en justifiant leurs choix par l‘incertitude liée à l‘élection présidentielle américaine et au risque politique en Europe, montre une enquête mensuelle de Reuters mercredi.

En dépit de la brusque hausse des taux provoquée par les promesses du président élu américain, Donald Trump, de baisser massivement les impôts et d‘augmenter les dépenses publiques, certains des gérants interrogés ont dit vouloir attendre de voir si elles seront tenues avant de modifier leur allocation d‘actifs.

La remontée des taux longs qui a suivi l‘élection de Donald Trump a entraîné une contraction de la capitalisation obligataire mondiale de plus de 1.000 milliards de dollars en deux jours. Le rendement des bons du Trésor américain à deux ans a atteint son plus haut niveau depuis six ans et demi et celui des “Treasuries” à 10 ans devrait avoir enregistré en novembre sa plus forte hausse mensuelle depuis décembre 2009.

Pourtant, les 45 gérants de fonds interrogés en Europe, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon entre le 18 et le 28 novembre ont augmenté la part des obligations dans leurs portefeuilles diversifiés pour la porter à 40,7% contre 39,9% en octobre.

Certains des participants à cette enquête, comme Mouhammed Choukeir, responsable de la stratégie d‘investissement de Kleinwort Hambros, ont dit maintenir une exposition significative en obligations en dépit de valorisations très élevées et de taux encore proches de leurs plus bas record.

Ils expliquent ce choix par leur volonté de diversification par rapport au risque actions. Mais Mouhammed Choukeir souligne aussi que les obligations d‘Etat ont dégagé d‘excellentes performances sur un an, trois ans et cinq ans dans un environnement très comparable à celui qui prévaut encore actuellement. “Il est plus que probable qu‘elles continuent de surprendre (positivement)”, a-t-il dit.

La phase haussière de plus de trois décennies qu‘a connu le marché obligataire est désormais terminée, ont estimé près des deux tiers des gérants qui ont répondu à une question sur ce thème. Mais plusieurs d‘entre eux ont fait valoir que la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque d‘Angleterre continuaient d‘acheter des obligations et que les taux resteraient “bas pour longtemps”.

LA REFLATION APRÈS LA DÉFLATION

La perspective d‘une accélération de la hausse des prix pousse toutefois certains gérants comme Matteo Germano, responsable de la multigestion de Pioneer Investments, à privilégier les obligations indexées sur l‘inflation.

“La tendance à la reflation rend absolument nécessaire une approche flexible et exempte de contraintes dans l‘investissement en produits à taux fixe”, a-t-il dit ajoutant qu‘il y avait encore de la valeur dans les obligations en catégorie d‘investissement et à haut rendement. “Nous ne voyons pas encore une rotation massive hors de l‘obligataire” vers les actions.

Certains gérants n‘ont pas caché leur scepticisme quant à la capacité de Donald Trump de tenir ses promesses de relance et ils se demandent s‘il n‘est pas prématuré de sortir des paris sur la déflation, comme les placements obligataires, pour prendre des positions liées au retour de l‘inflation comme les petites et moyennes valeurs américaines.

“(L‘élection de) Trump aura peut-être été le catalyseur d‘une accélération de l‘inflation et de taux d‘intérêt plus élevés. Mais il est trop tôt pour le dire”, a estimé Sacha Chorley, gérant chez Old Mutual Global Investors. “Nous y verrons plus clair quand il dévoilera effectivement sa politique en janvier.”

D‘autres, comme Peter Lowman, responsable des investissements d‘Investment Quorum, voient dans l‘obligataire une protection contre le risque politique lié à la succession de rendez-vous électoraux en Europe dans un contexte de montée des populismes.

A quatre jours du référendum constitutionnel italien, il a prévenu que de “nouveaux chocs” étaient possibles après l‘élection de Trump et le Brexit. Il souligne toutefois qu‘il y a toujours “des montants conséquents de liquidités prêtes à s‘investir” si les marchés se révèlent survendus.

La part des liquidités reste élevée dans les portefeuilles à 6,6%, montre l‘enquête, tandis que celle des actions est stable à 44,1%.

Trevor Greetham, responsable de la multigestion de Royal London Asset Management, a dit avoir réduit son exposition aux actions américaines avant l‘élection présidentielle aux Etats-Unis pour revenir à l‘achat immédiatement après, profitant du bref décrochage du marché après l‘annonce du résultat.

Il estime que les politiques de reflation de Trump peuvent accélérer la reprise de l‘économie mondiale, et donc bénéficier aux actions au détriment des obligations, tout en soulignant que “de nombreuses inconnues demeurent sur la manière dont la présidence Trump va se dérouler”.

FED ET HAUSSES DE TAUX

Un peu plus de 80% des gérants ayant répondu à une question sur la trajectoire à venir des taux aux Etats-Unis ont dit s‘attendre à deux hausses seulement par la Réserve fédérale l‘année prochaine, en raison des délais sans doute nécessaires à l‘examen par le Congrès du programme de relance de Trump.

“Si c‘est un programme important aboutissant à de nouvelles pressions sur les salaires et l‘inflation au cours de l‘année 2018, alors nous nous attendons à ce que la Fed devienne plus agressive en 2018, éventuellement en relevant (les taux) une fois par trimestre”, a dit Andrew Milligan, responsable de la stratégie de Standard Life Investments.

Au sein des poches actions des portefeuilles, les gérants ont relevé leur exposition sur le Japon de près d‘un point de pourcentage à 18,2%, au plus haut depuis le mois d‘avril. Les entreprises japonaises, en particulier celles qui exportent des biens de consommation, profitant globalement de l‘appréciation du dollar.

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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