REPORTAGE-L'EPR avance à grands pas malgré les doutes sur sa cuve

mercredi 16 novembre 2016 18h47
 

par Benjamin Mallet

FLAMANVILLE (Manche), 16 novembre (Reuters) - Pour accéder au c÷ur du réacteur nucléaire de type EPR en cours de construction à Flamanville dans la Manche, il faut suivre un dédale d'échafaudages, de tuyaux et de câbles, baisser régulièrement la tête pour éviter les obstacles, et prendre garde à ne pas entrer en collision avec des dizaines d'ouvriers croisés en chemin.

Le centre du bâtiment réacteur évoque une cathédrale, le bruit des perceuses en plus. C'est ici que devrait avoir lieu la première fission d'atomes d'uranium qui permettra à la centrale d'entrer en production, fin 2018.

Le conditionnel reste de rigueur, car l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) doit encore se prononcer dans quelques mois sur la capacité de la cuve du réacteur, une pièce maîtresse, à résister aux irradiations et aux pressions intenses que la réaction nucléaire lui fera subir.

Le gendarme du nucléaire français a en effet dévoilé en avril 2015 des anomalies dans l'acier de certaines zones du couvercle et du fond de cet équipement fabriqué par Areva et les a jugées suffisamment "sérieuses" pour obliger EDF, maître d'÷uvre du chantier et futur exploitant de la centrale, à superviser depuis des tests sur quelque 1.600 échantillons prélevés sur des pièces identiques.

Le paradoxe, c'est que l'EPR a déjà l'apparence extérieure d'une centrale en état de fonctionner, malgré un pic d'activité qui voit 4.300 personnes s'activer sur son site pour achever notamment les montages électromécaniques, réalisés à 80%.

EDF se refuse à évoquer le risque que l'ASN lui impose de remplacer la cuve, une opération dont le coût et les difficultés techniques pourraient signer la mort du projet et un échec retentissant pour une filière nucléaire française déjà mal en point, et le groupe prévoit de lancer une campagne d'essais d'ensemble de la centrale à la fin du premier trimestre 2017.

DES COÛTS RELEVÉS   Suite...