November 8, 2016 / 5:47 PM / 9 months ago

Marchés-L'obligataire fragilisé par l'allongement des maturités

5 MINUTES DE LECTURE

* Les papiers longs privilégiés pour le rendement

* Des hausses de taux pourraient secouer des marchés vunérables

* Des institutionnels exposés à de lourdes pertes potentielles

* Les papiers longs plus sensibles à la remontée des taux

par Abhinav Ramnarayan et Simon Jessop

LONDRES, 8 novembre (Reuters) - Les investisseurs ont acheté des obligations toujours plus longues depuis la crise financière dans l'espoir de s'assurer un peu de rendement mais cette stratégie risque de se retourner contre eux si les banques centrales commencent à relever leur taux directeurs.

L'effondrement des rendements à des niveaux proches de zéro sous l'effet du ralentissement de la croissance, du recul de l'inflation et de politiques monétaires toujours plus accommodantes n'a laissé d'autre choix aux investisseurs que d'investir dans des titres de maturités toujours plus longues pour espérer préserver un minimum de rémunération.

Et les émetteurs ont été au rendez-vous, offrant des titres à toujours plus long terme. Une succession d'émissions souveraines à 30 ans puis à 50 ans a fait passer la maturité moyenne de l'indice mondial des emprunts gouvernementaux de JP Morgan de 8,5 années en 2011 à 9,8 années actuellement.

Une remontée des taux d'intérêt entraînerait toutefois mécaniquement une chute des cours des obligations et d'autant plus importante que leur maturité est éloignée.

Les dégagements pourraient alors être pires que lors de l'épisode dit du "taper tantrum" du printemps 2013 lorsque la Réserve fédérale américaine avait évoqué la possibilité d'un ralentissement de ses achats d'actifs, estiment des gérants d'actifs.

La Fed a clairement signalé son intention de relever ses taux directeurs dès le mois prochain et les autres grandes banques centrales, la Banque du Japon, la Banque d'Angleterre et même la Banque centrale européenne, sont désormais plus enclines à resserrer leur politique monétaire qu'à l'assouplir encore.

Une perspective qui fragilise le statut de valeurs refuges des emprunts d'Etat et qui expose les investisseurs institutionnels qui les utilisent massivement dans le cadre de leur gestion actif-passif à de très lourdes moins-values potentielles, si les taux se retournent effectivement.

"Ce sera bien pire que le taper tantrum aux Etats-Unis", prévient Louis Gargour, responsable des investissements du fonds spéculatif spécialisé sur le crédit LNG Capital.

"Ce mouvement avait été provoqué par l'anticipation d'une hausse des taux. Maintenant, la réalité s'impose, le cycle a changé et sur le marché les jeux sont faits. Je pense que l'impact sera beaucoup plus spectaculaire."

Emission a 70 Ans

Plus les titres sont longs plus leur duration, qui correspond à la durée nécessaire pour récupérer sa mise initiale grâce au flux actualisé des coupons, est élevée et donc plus le risque est grand.

La duration moyenne des portefeuilles obligataires internationaux atteint sept ans, un plus haut record, contre cinq ans en 2008, selon des données du Fonds monétaire international (FMI).

"Si notre scénario d'ensemble pour la plupart des marchés développés est raisonnablement optimiste et table sur une poursuite de la reprise économique, nous nous concentrons aussi sur l'éventualité d'une brusque hausse des taux d'intérêt comparable à celle du taper tantrum", a dit Kathleen Hughes, responsable des ventes aux institutionnels de Goldman Sachs Asset Management.

L'émission récente par l'Autriche d'un emprunt de deux milliards d'euros à 70 ans est l'un des derniers exemples en date de la volonté des émetteurs souverains de cristalliser des rendements historiquement bas sur la plus longue période possible.

La duration de cet emprunt est estimée à pas moins de 42 ans et ses acheteurs sont déjà confrontés à des pertes potentielles.

Jeroen Blokland, gérant chez Robeco, estime que la hausse de 20 points de base du rendement intervenue peu après son émission s'est traduite par une perte potentielle de 8% de leur investissement pour ses acquéreurs.

Anthony Doyle, gérant chez M&G Investments, rappelle de son côté que les cours des obligations à duration longue tendent à chuter plus rapidement en cas de dégagements massifs sur le marché. Mais il estime que ces titres trouveraient sans doute des acheteurs comme des fonds de pension ou des compagnies d'assurance cherchant à les adosser à leurs engagements souvent très longs.

"Il est plus probable que l'essentiel de l'activité se concentrera sur le milieu de la courbe, donc le dix ans est l'échéance sur laquelle il y aura le plus de mouvements de cours", a-t-il ajouté.

Pour Seamus Mac Gorain, gérant chez JP Morgan Asset Management, la Banque centrale européenne devrait toutefois continuer ses achats de titres pendant plusieurs mois même si elle en ralentira le rythme.

"Aussi les rendements devraient rester sous pression à court terme, une hausse des rendements sera finalement une opportunité d'achat pour les investisseurs", estime-t-il.

avec John Geddie, Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below